Je suis Wuhan

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Au travers des strates de l’actualité récentes, il est possible d’interpréter tous les défis qui nous soient posés actuellement comme les dérivés d’une cause unique, notre éducation.

En France il est beaucoup question de « haine » par exemple. Il s’entend à la fois l’intention du législateur de limiter l’expression de celle-ci, et se répand l’idée qu’il s’agisse d’une solution miracle pour pacifier la société. Cela démontre la bêtise profonde de beaucoup ; pourquoi abolir les sentiments pendant qu’on y est ? Et comment d’ailleurs voir dans ces gesticulations une stratégie de communication sensée rallier à un pouvoir incompétent, toutes les personnes conditionnées par une éducation « à l’amour » religieuse ou qui en soit l’héritière ?
Mais l’amour ou la haine, miroirs d’une même illusion, ne sont que des expressions passionnelles. Par définition pas plus l’une que l’autre n’a moindre chance d’inciter qui que ce soit à garder la tête froide et raisonner en personne adulte. Raisonner en personne adulte c’est plutôt reconnaître qu’en-deça des bons et grands sentiments la simple notion de respect de l’autre ne soit pas au cœur de nos constructions sociales.

Cette idée de respect est aujourd’hui constamment et gravement dévoyée. Elle est reprise en permanence par des défenseurs et promoteurs de la « libre entreprise » et de la « concurrence libre et non faussée » et qui poursuive la mise en œuvre de leur agenda totalitaire. Un agenda dont la seule priorité est la domination ; domination économique d’abord, mais aussi technique, sociale, ethnique et culturelle. Ces gens là ne respectent pas les autres, parce qu’ils sont convaincus d’être meilleurs qu’eux. Cette conviction même, parce qu’elle est la plupart du temps intériorisée, n’est pas toujours tout à fait claire pour celles et ceux qui s’en inspirent. Qui raisonne tout simplement n’a pas difficulté à comprendre les extrémités où cela conduise. Ignorer par exemple qu’être propriétaire foncier implique priver toute autre personne ou groupe de la jouissance d’une part de la nature, d’un lieu de la planète. Ignorer aussi que revendiquer un quelconque privilège aille de fait à l’encontre d’une conception réellement égalitaire du rapport à autrui. Nous vivons dans une société qui ne comprend pas vraiment pourquoi elle ne puisse en aucun cas être libre et égalitaire, et encore moins fraternelle.

Cela s’explique par la généralisation d’un modèle social fondé sur la mesure comparée de la valeur des individus. Nous sommes toutes et tous éduqués, et pour ainsi dire conditionnés, à acquérir la conviction que le système des valeurs sociales dont nous héritons, du fait même qu’il aille à l’encontre de nos aspirations animales profondes, puisse être bénéfique à notre espèce. Nous sommes éduqués à rivaliser des uns aux autres et à nous placer, à tous les niveaux de nos relations humaines, en concurrence les uns vis à vis des autres. Nous prêtons trop peu d’attention à cela comme aux conséquences que cela entraîne dans notre organisation collective. Les enfants à l’école sont réprimandés lorsque par réflexe naturel ils cherchent à coopérer : on ne copie pas, on ne souffle pas, et chacune et chacun se trouve enfermé dans son individualité pour obtenir à l’arrivée un adulte convaincu qu’il n’y ait rien à attendre des autres, que si l’on est récompensé c’est de ses propres mérites et que compter sur les autres et la collectivité serait quelque chose de honteux.

Un des paradoxes de ce phénomène, reste que les élites que produise l’école, à savoir des personnes définitivement imbues d’elles mêmes et de leur seul mérite individuel, doivent quand même cette promotion à un système de sélection et de promotion en lui-même par essence collectif. L’autre particularité significative de cette production d’être humains, c’est qu’elle assortisse à cette fierté mal placée des premier de la classe, un mépris clair et définitif de l’altérité, et qui ait pour résultat un insatiable besoin de reconnaissance et une rupture affective souvent irrémédiable. Comment en effet s’épanouir dans une relation humaine mutuelle en portant en soi l’acquis vicié d’une conviction d’être meilleur que n’importe qui ? Cette machine de reproduction très bien décrite par Ken Robinson, immobilise la société contemporaine dans un modèle de fonctionnement adapté à la société industrielle de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, en l’empêchant littéralement de coïncider avec les besoins du monde contemporain. Elle produit surtout des êtres humains qui, faute de pouvoir satisfaire leur désirs profonds, qui seraient par exemple d’être aimés, les réduisent au pouvoir et à l’influence sur autrui. La reconnaissance sociale dans cet ordre de valeurs de compétition devient alors une affaire en elle-même passionnelle.

Humainement parlant il s’agit d’une inversion, autrement dit d’une culture la tête en bas qui, pour consacrer l’humanité, choisisse de ne le faire qu’à l’égard des celles et ceux en ayant complètement perdu le fil et non pas vis à vis de n’importe qui. Pour y parvenir, suivant le même procédé que l’ait fait certaines religions, chacune et chacun se trouve encouragé à n’accorder de valeur qu’à certains aspects spirituels et intellectuels de l’existence et notamment à l’idée que ces aspects purement abstraits et interprétés de l’histoire collective constituent une chose qu’on appellerait « le progrès ». Ce qui brouille les cartes à cet égard de nos jours, il faut le noter, c’est que l’essor de la société industrielle et technique en lui-même occulte d’une certaine manière, le caractère déterminant de cette vision purement intellectuelle du progrès. Or, c’est bien l’absurdité crue dont relève la croyance en la possibilité de séparer l’esprit du corps qui explique que notre société soit devenue à ce point méprisante de l’être humain, méprisant des corps vivant habitant le présent de la planète. Le corps n’y est comme le dit Ken Robinson, qu’un moyen de déplacer les cerveaux. C’est même au-delà un simple contenant, cerveau compris. Et dans ce sens même si elle prétend s’émanciper du religieux l’organisation sociale contemporaine reste entière soumise à une croyance obscurantiste.

Cette croyance exclusive dans les progrès de l’esprit humain explique toutes le négligences dont fasse preuve l’humanité contemporaine. C’est ce qui par exemple conduise les nations comme les personnes les plus riches à regarder de loin les Chinois se dépêtrer qu’une crise sanitaire sans précédent, en ne pensant qu’à leur leur propre destin, comme si les êtres dont on parlait ne seraient que des chiffres, des statistiques. Car sur le fond, les collectivités et parmi elles les nations sont elles aussi les héritières de cette idéologie aussi négligente des corps qu’elle est imbue de son esprit.
En regard de quoi immédiatement nous pouvons comprendre que même la question de survie ou de disparition de l’espèce humaine soit relative, secondaire, puisqu’elle nous place actuellement devant le dilemme du « à quoi bon » ? À quoi bon sauver une espèce devenue incapable d’apporter le soin nécessaire à ses congénères, toute confite qu’elle soit dans la conviction sur-estimative de sa valeur ?

Il ne s’agit ici ni d’espoir ni de désespoir mais plus simplement d’esquisser que d’autre voies aient été possibles et que nous aurions pu prendre. Celle par exemple de sociétés fondées sur le respect des corps, le souci de l’autre, l’entraide et la coopération. La géopolitique contemporaine semble au contraire nous suggérer la division planétaire entre ce qui se puisse appeler un « pouvoir blanc » et une grande masse humaine qui s’y trouve assujettie. Il est certes malheureux de constater que le masque ce pouvoir tombe face à la situation, au vu de son incapacité manifeste à réagir. Qui aide aujourd’hui la Chine dans ses difficultés ? pas grand monde. Et surtout pas le moins du monde à la mesure de ce qui soit entrain de s’y produire.

En terrain miné

Le terrain politique intérieur français est miné à l’approche des élections municipales : partout, ce qui est proposé pour opposer à la peste en marche est constitué soit de forces complices de l’arrivée de cette escroquerie au pouvoir soit de l’extrême droite.

Passons sur l’extrême droite, nostalgique d’une France qui n’a jamais existé sinon pendant l’occupation ou, on pourrait même dire, techniquement, ces derniers mois, en l’espèce d’un maquillage de pure cosmétique, le régime autoritaire de Macron.

Mais comment les déclinaisons avérées et héritières du Parti Socialiste, qu’il s’agisse des Mélenchon, des Verts ou autres, peuvent-ils oser se poser en alternative à un système dont Macron est l’aboutissement logique ? À droite c’est clair, c’est toujours la finance et l’accaparement égoïste des richesses sans partage, le clan des grandes entreprises et des grandes familles nanties qui sont à la manœuvre. Mais n’est-il pas révoltant de voir toute cette « fausse gauche », coalisée durant des années au service des grands comptes, gauche d’affaire, gauche caviar et ses complices, abandonnant les classes populaire et moyennes qui l’avaient faite élire, se présenter sans honte comme « alternative » devant les électeurs ?

Le régime politique dit « d’alternance » est une obscénité qui ne doit sa survie qu’à l’épouvantail fascisant de la dynastie Le Pen, idiots dont c’est la seule compétence et seule utilité et qu’il exploite et nourrit pour se faire ré-élire. Heureusement, il y a les Gilets Jaunes. Et l’on regrette qu’a priori ceux-ci ne prennent pas le parti de présenter des listes électorales qui se démarqueraient de toutes celles des affairismes et des arrivismes politiciens.

Leur réticence à le faire est compréhensible : ils récusent la personnalisation du pouvoir, l’arrivisme politicien, le carriérisme qui en grande partie aura été le fossoyeur de la démocratie. Et c’est tout à leur honneur.

Toutefois une stratégie leur est accessible qui consisterait à mandater des candidatures sur contrat d’action, c’est à dire des personnes qui s’engageraient sur des changements de cap complets sans la moindre intention d’aller se compromettre ou coaliser avec les partis politiques responsables de la situation. Bref, miracle à part, pour se compter plus que pour se faire élire.
Ce serait bien. Parce qu’évidemment, attendre des changements en soutenant ou en s’alliant avec des mouvements qui se sont satisfaits du consensus de ruine sociale à l’œuvre ces quarante dernières années, pourrait certes permettre d’obtenir quelques élus mais au prix d’une trahison de plus.

Les changements nécessaires n’apparaissent jamais dans les discours des politiciens quel que soit leur bord. Et forcément car ils sont devenus radicaux, c’est-à-dire autant incompatible à l’affairisme de droite qu’à celui dit « de gauche » :

  • repenser toute l’activité afin que, privée comme publique, elle donne l’exclusivité à la prospérité vivrière de tous les peuples, et non plus à la poursuite d’illusions financières abstraites et mortifères
  • sanctuariser et accroître la propriété publique en sorte de permettre à la prospérité populaire d’échapper aux termes toujours menaçants des spéculations financières, mobilières et immobilières, en abolissant notamment la transmission de la propriété privée et l’aide publique aux entreprises privées
  • mettre un terme à la prolifération et à la concentration urbaine en donnant priorité au développement rural, avec pour objectif d’abandonner à terme et définitivement les mégapoles, causes principale de l’épuisement des ressources et des milieux de vie
  • changer de modèle industriel et culturel pour en adopter un qui se fonde sur la coopération et non la compétition : fabriquer durable, interopérable, partagé et réparable ; redonner son sens social à la propriété intellectuelle qui est de favoriser l’échange des connaissances et des créations et non permettre leur accaparement privatif ad vitam æternam
  • réduire au maximum l’armement, les polices, les systèmes coercitifs, en établissant une nouvelle société fondée sur la stricte défense, le soin, et la coopération civile des uns des autres pour régler les problèmes individuels et collectifs : rétablir la conscription, sanctuariser la liberté d’expression, le respect de la dignité, faire en sorte que chaque avis singulier compte dans les décisions collectives
  • faire de l’information, de l’enseignement et de la formation, de l’acquisition de savoirs, de savoirs-faire et de compétences, comme du débat et de la prise de décision collectifs, des tâches ordinaires encouragées toute la vie et pour tout le monde
  • étendre la démocratie partout où elle peut contribuer à améliorer les choses : dans l’organisation du travail pour distribuer les prérogatives et responsabilités, dans l’utilisation des territoires, biens et les choix de production
  • établir un partage véritable des tâches pénibles en sorte que plus jamais quiconque ne puisse passer sa vie entière à peiner à des tâches épuisantes, dégradantes ou même les deux
  • permettre et encourager la parentalité partagée au lieu de privatiser de plus en plus l’enfance jusqu’à la rendre dépendante de la technologie : partager l’éducation des enfants c’est leur donner plus de chance d’épanouissement personnel et rendre moins pesant pour toutes et tous de ne pas en avoir fait

Cette liste n’est pas exhaustive mais ce qui la résume c’est le projet de construire une nouvelle société fondée sur une culture de soin des uns aux autres en rupture à celle qui prévale actuellement, celle de l’indifférence mortifère, celle qui normalise les « ils peuvent crever »…

La nécessité c’est, nous le comprenons toutes et tous pour la plupart, d’en venir à une « civilisation » qui ne soit plus assimilable à cette conception barbare et impériale de l’appropriation qui, si elle se poursuit, ne débouchera que sur des catastrophes. La spéculation, la recherche exclusive à posséder toujours plus d’argent, comporte une logique qui par définition sacralise les plus brillants des escrocs. C’est à nous, héritiers de l’Empire romain et du système de spoliation et de corruption qui allait avec, d’engager un changement de cap. Aucune autre prétendue « civilisation » n’a autant de sang sur les mains que la nôtre : mise en esclavage, colonialismes, conflits sanglants, nucléarisation, pillages et autre marchés de dupes : ce n’est pas à nous de donner des leçons à quelque peuple que ce soit dans le Monde.

Il est sur le fond complètement illusoire et même dangereux de raisonner l’avenir de nos pays comme si il ne concernait que ceux qui les habitent. Ceci non pas pour des raisons qui tiendraient à la politique, mais parce que philosophiquement et humainement, et en particulier en France, nos erreurs passées et même présentes transcendent nos frontières ; nos réacteurs nucléaires, leurs déchets et nos arsenaux associés menacent la planète entière. Nous habitons un pays jardin mais nous sommes incapables même aujourd’hui d’être auto-suffisants en terme d’agriculture vivrière, ce alors que nous pourrions nourrir bien des gens qui n’ont pas notre chance.

Cette chance d’ailleurs ne compte pas dans le démêlé contemporain des enjeux humains. Pour beaucoup au contraire, c’est comme si naître en France avait quelque chose de volontaire. Nulle femme, nul homme pourtant, ne choisit où elle ou il peut naître. Comment dès lors trouver si légitime de dire « ici c’est chez nous! » sans pour autant en mesurer le « coup de bol ». « Pas de bol pour toi », l’Africain, d’être né là où la pluie tombe rarement, là où la grande industrie et la grande propriété t’empêchent de nos jours d’avoir accès même aux plus élémentaires moyens de te sustenter. Qu’y a-t-il de moral en de tels raisonnements ? Faut-il considérer cette croyance en la légitimité de propriété d’un pays que nous avons par ailleurs autant saccagé ? Qu’avons-nous fait, nous au juste, à part naître au « bon endroit » ?

Aux Antilles l’agriculture intensive aux mains des Békés a ruiné les territoires laissant la nature durablement contaminée, privant littéralement la population de son pays. Il n’existe pas d’exemple plus frappant et symptomatique de la bêtise du pouvoir et du décalage entre sa fatuité et la réalité de son action lorsqu’on le laisse fonctionner en roue libre.

Ce que suggère salutairement l’essor des Gilets Jaunes c’est la compréhension enfin de la relation directe allant de la démission populaire dans l’action politique à la dégénérescence des élites auxquelles on laisse alors les mains libres. Avec eux émergent de nouvelles générations, associant enfin comme on l’espère les jeunes des quartiers de relégation, déterminés à prendre pleine part au démêlé du collectif et à ses décisions.

C’est le chaos en France. Macron et ses amis, leurs complices d’hier et d’aujourd’hui sont passés à l’attaque : chaque jour ils rabotent nos vies dans toutes les directions, jusqu’à mutiler, enfermer arbitrairement, mentir aux tribunaux, acheter et corrompre à tour de bras. L’Europe devenue une banlieue de Wall Street cautionne les calculs guerriers de forteresses bancaires aux abois qui savent que les peuples refuseront la réitération d’un prétendu « sauvetage » à leurs dépens comme ça s’est produit en 2008. Ces problèmes s’accumulent et ce à quoi nous attendre c’est évidemment qu’ils se conjuguent tous au point critique au même moment.

Nous n’avons guère le choix si nous rapportons au principe de soumission à l’œuvre actuellement aux diktats de l’économie financière qui ne porte attention qu’aux activités dites « rentables », à savoir celles qui seulement peuvent permettre de dégager des bénéfices : comment cette organisation pourrait-elle avoir la moindre capacité à développer massivement scientifiquement et industriellement un secteur de la dépollution ou tout au moins une activité consacrée à protéger tant que faire se peut le biotope des ravages que nous lui avons déjà occasionnés ? L’industrie de profit peut certes prétendre s’y consacrer mais nous voyons bien par exemple, comment elle s’y prend pour nous vendre des technologies prétendument « mieux-disantes écologiquement » comme les soit-disant « renouvelables » en ravageant des régions entières de la planète pour exploiter des terres rares et en repeignant la filière en vert pour nous la faire avaler. Chercher dépolluer c’est encore pire : on n’est pas même capable d’imaginer si c’est possible ou non. Dans la plupart des cas, à Fukushima par exemple, ou plus près à Saint-Laurent des Eaux, aucune méthode et donc encore moins des outils ne permettent d’imaginer limiter les dégâts à l’œuvre, ni même les réduire, et même le plus bienveillant des investisseurs se trouverait bien en peine d’y trouver ne serait-ce qu’un choix raisonnable où mettre des moyens…alors la rentabilité…

L’utilité et la rentabilité sont des principes différents. L’exigence de rentabilité est ce qui fasse de l’économie de marché un système incapable d’appréhender certains défis du siècle. Elle explique certes son essor mais elle se trouve de fait, aujourd’hui,  le critère même de son obsolescence. Les problèmes du capitalisme aujourd’hui sont essentiellement  son inefficacité et son inadaptation au monde contemporain. Être pour ou contre n’y change rien. Il est devenu inopérant, incapable même de surmonter les anomalies qu’il ait crées, et rejoindra bientôt les formes sociales du passé, les « modèles magiques  » et les « croyances » d’un autre âge vouées à l’histoire.

Il n’y pas lieu d’être particulièrement idéaliste ou même optimiste ; l’espèce humaine peut disparaître durant ce siècle si elle ne se décide pas à devenir adulte et s’acheminer vers une civilisation plus « vraie ». Cet enjeu là n’est ni simplement environnemental ni même « social ». Ses déterminants sont spécifiques, qui appellent à abolir les classes sociales pour des raisons inédites, et plus seulement du fait du caractère immoral de la domination et de l’exploitation : tout ce qui existe d’intelligence humaine est à mobiliser.

La profonde débilité des opportunistes de la démocratie représentative dont Macron est un parfait exemple constitue en soi une preuve des dangers de la démission de chacune et chacun vis à vis du collectif : ils ne sont plus capables que de prendre, mécaniquement, comme le feraient des automates, les plus stupides des décisions. Il serait un tort d’en résumer l’explication au seul fait de leur accointance évidente à certains milliardaires : leur conception du collectif est le miroir même de celle de tous les négligents et démissionnaires qui, ne disant mot, consentent à leur gouvernement. Ils sont notre alibi à toutes et tous, en quelque sorte les représentations symboliques par lesquelles toutes et tous nous nous défaussons de nos rôles particuliers dans l’organisation de la société.

Ils s’agitent, veulent réformer à tour de bras, s’expriment à foison au travers des média de masse, mais n’ont rien à dire sur le fond. Ils ne défendent aucune vision du monde qu’ils aient pris le temps de réfléchir et d’affronter aux réalités. Ils vomissent seulement ce que les études d’opinion les encouragent à dire et se croient toujours les premiers de la classe comme si la vie d’adulte ne consistait qu’à régurgiter ce que l’école nous convainc à croire savoir. Toute la classe politique est comme eux. Nous avons droit aux pires d’entre eux et c’est normal ; ce qui les fait briller c’est leur don pour la publicité et le commerce de l’opinion, en d’autres termes exclusivement leur compétence à se faire élire. Nous les méritons en quelque sorte à la fois pour les élire et les laisser élire. Le changement culturel sans doute le plus difficile va consister à abolir ce système de défausse. Concrètement ça s’apparente clairement à devoir brasser dans un gros tas de merde accumulé à force de négligence générale à l’égard du politique. On serait tenté de paraphraser un aphorisme célèbre en disant que la politique soit une chose trop sérieuse pour en laisser le contrôle à des politiciens.

Il faut ajouter à tout ce cela qu’il existe indéniablement un hiatus dans la situation à laquelle nous nous trouvons confrontés : donner sa part au collectif aujourd’hui, alors que sa gouvernance stupide se trouve mise en cause, c’est faire le choix de la confiance dans la capacité de la personne humaine ordinaire à appréhender les choses et décider par elle-même. Cela ne va pas forcément de soi quand par exemple on déplore des tirs de LBD en pleine figure ou des massacres à coup de poings ou de bâtons de manifestants.

Nous sommes éduqués à la compétition, à la concurrence des uns aux autres, et tout dans cette société nous encourage chacune et chacun à nous croire meilleurs que d’autres. C’est ce qu’exprime à son paroxysme la célèbre observation du pauvre M. Macron suivant laquelle des personnes pourraient n’être rien. Ce que ça dise, c’est que M. Macron n’ait guère de familiarité à questionner la nature humaine. Un être humain pourtant c’est peut-être aussi un hiatus, dans la mesure où il nous soit impossible de mesurer l’identité, la frontière ou la différence entre les questions « qui je suis ? » et « qu’est-ce qu’un être humain ? ».

Comment sera-t-il possible d’articuler les changements culturels et politiques qui s’imposent à toutes les légitimes revendications des Gilets Jaunes et des classes sociales qu’ils représentent ? Il appartiendra aux Gilets Jaunes comme aux autres de le déterminer, afin que ces changements véritables s’engagent sans que puisse une fois de plus se produire ce à quoi on assiste depuis des siècles : à des « marchandages » autour de questions profondément morales, qui finissent chaque fois balayées sous le tapis, remises aux calendes. Le résultat de ces marchandages et des ces atermoiements sont des morts, non seulement ici mais ailleurs.

Quand nous déciderons-nous à enfin faire de bons calculs et à arrêter le massacre?

 

 

 

 

 

8 janvier 2019

En dépit du contexte déplorable, notamment lié à la radicalisation répressive et conservatrice du pouvoir, il est possible d’établir un bilan positif des dernières semaines en France.

Le mouvement des gilets jaunes en effet apporte deux évolutions majeures dans l’action politique : l’esquisse d’une dépolarisation du débat et de la mobilisation, ainsi que l’émergence d’un dé-cillement à l’égard des moyens d’information du peuple concernant ce qui se passe.

Au delà du ras le bol à batailler pour survivre dans des conditions n’arrêtant pas de se dégrader, émerge progressivement une conscience accrue des termes profondément inégalitaires du fonctionnement réel de la république. Cela suggère la possibilité d’une relecture de la démocratie au travers des innombrables clivages créées ces dernières décennies par plein d’acceptions du « deux poids deux mesures ».

Le droit lui-même en vient à susciter la perplexité, à l’heure où il devient comme jamais l’instrument exclusif du pouvoir, essentiellement dédié à faire taire, voire à tenter de ré-éduquer les réfractaires.
C’est il faut bien le voir, autour cette mission de ré-éducation au cœur du système répressif depuis longtemps, que nous pouvons analyser certains des vices structurels les plus tragiques de la société dans laquelle nous vivons.

La mission de la justice, en effet, est-elle d’éduquer ? Ne faut-il pas déjà voir dans la revendication d’une telle mission l’aveu d’échec du système éducatif initial en lui-même et d’autre part une malfaçon juridictionnelle profonde ? Il semble complètement abusif d’avoir laissé prospérer un logique répressive qui, en lieu et place de juger les faits, juge les personnes.

Il semble que cette tendance lourde soit complètement négligée parmi les faits sociaux qui marquent notre organisation collective. D’où vient-elle ? Peut-être de la conjugaison des héritages religieux et des intérêts dominants.
Beaucoup de personnes admettent malgré elles pourrait-on dire, l’idée suivant laquelle existeraient de bonnes et de mauvaises personnes. Le fait avéré que cette croyance agisse tout à fait à l’inverse du plus élémentaire des principes démocratiques, n’en effleure aujourd’hui qu’une minorité.

Ainsi déjà si, dans notre conception de la justice et même et surtout de l’éducation, nous étions plus attaché à arbitrer sur les faits, en nous interdisant formellement toute désignation infamant la personne, nous nous acheminerions déjà vers un progrès significatif, vers une organisation sociale plus concrètement civilisée. J’ai personnellement vu en Zep désigner des enfants de huit à douze ans comme s’il s’agissait d’individus en eux-même mauvais voire qualifiés d’irrécupérables. Cette oppression puissante mais toujours invisibilisée n’est rien d’autre que le résultat de l’adoption irréfléchie de valeurs dominantes oui pour le dire plus précisément de valeurs de la domination.

Or, la démocratie, la vraie, c’est précisément ce qui désigne un ordre social idéal excluant tout processus cultivant les clivages dominés/dominants. Le plus élémentaire des éléments à questionner du modèle de société dont s’inspire la nôtre, c’est donc précisément l’ensemble des registres au moyens desquels s’établissent des distinctions sociales entre individus.

Là-dessus, nous pouvons renvoyer à cet étonnant article de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui énonce : « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ».
Car en légitimant l’application de distinctions sociales, les rédacteurs de ces documents n’ont rien fait d’autre que d’inscrire leur légitimité dans une société qui, sur le fond, pouvait et peut très bien encore s’en passer.
Et d’ailleurs sur le fond, distinctions sociales et dégradation de la personne humaine sont les deux revers d’une même médaille.

Car l’élitisme, qui n’est rien d’autre que la revendication d’un groupe de sa supériorité sur d’autres, relève de l’héritage d’ancien régime. Dans ce sens, en maintenant dans son principe la distinction sociale, on établit dans la république autant de démocratie véritable qu’il y a de beurre en broche.

Cette question d’utilité commune présente son caractère profondément vicieux dès lors qu’on la rapporte au constituant essentiel de toute personne humaine, à savoir sa singularité. Pour qui admet que la personne humaine soit toujours singulière, il n’est pas difficile d’admettre qu’aucune personne ne puisse se comparer à une autre. Mais surtout, entendre mesurer la valeur d’un personne revient sur le fond à adopter l’idée profondément barbare suivant laquelle il naisse ou il y ait des personnes plus utiles que d’autres.

L’expérience sensible et honnête de l’existence ne peut que démentir un tel préjugé. Car c’est la société qui décerne les bons points et les mérites, ainsi que désigne les parias et les « inutiles ». Mais in fine au quotidien, toute personne croisée dans notre vie et avec laquelle nous interagissons, y compris de la manière la plus superficielle et subtile, contribue à nous construire. La personne humaine singulière ne peut être circonscrite ni encore moins jugée parce qu’il est naturel à l’être humain de naître incomplet et de s’employer toute son existence à alimenter sa part de vacuité.

Notre société contemporaine se construit autour du déni de cette double qualité humaine particulière, combinaison de plasticité et d’incomplétude à jamais inassouvie. Si elle agit ainsi, c’est pour sa conservation propre en tant que société certes, mais allant forcément à l’encontre du respect de ce qui soit essentiel et sacré chez tout individu. Non pas sa « différence » comme on l’entend souvent, mais sa singularité, comprise comme une qualité intrinsèquement transcendante à la norme.

L’autre élément important à prendre en considération pour qui souhaiterait en venir à une société meilleure, c’est la part de hasard qui définisse le lieu et l’époque à laquelle chacune et chacun naisse. Sur le fond, il y a beaucoup à questionner sur la chance que peut représenter le fait de naître dans un pays ou un milieu favorisé plutôt qu’autrement. L’idée d’égalité de chances qui s’est imposée dans la rhétorique politicienne des dernières années est une complète escroquerie à cet égard. C’est pourquoi l’idée même de transformation sociale qui s’attacherait à définir les transactions collectives sans questionner la légitimité même du monopole souverain de n’importe quel territoire ne saurait s’évacuer pour la seule raison que sa mise en cause ressemblerait superficiellement, mais superficiellement seulement, à la supranationalité contemporaine intégrale à laquelle aspire la domination financière impérialiste actuelle.

Votez nul ! (même si c’est un pléonasme)

Afin de vous aider vous trouverez ici quelques exemples de bulletins de vote ainsi qu’une maquette Inkscape à adapter à vos désirs.

Le choix de mélanger noms et prénoms des candidats effectifs peut être intéressant, garantissant de grands éclats de rire ou pourquoi pas des échauffourées au moment des dépouillements.

La police de caractère utilisée est OSWALD Bold, que vous pourrez récupérer facilement en cliquant ici.

Pour récupérer le gabarit Inkscape cliquez ici.

Pour récupérer l’ensemble des bulletins de vote présentés ci-dessous au format imprimable en une seule archive zip (145ko) c’est ici qu’il faut cliquer.

Amusez-vous bien  !

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Coup d’État d’urgence, par Mathieu Bonzom

Avant-propos de l’auteur de ce blog : Je découvre aujourd’hui la revue web « Contretemps » et dont je ne peux que recommander la consultation, en vertu de l’ouverture d’esprit dont elle témoigne, et de la richesse des informations qu’elle fournisse. Dans l’article de Mathieu Bonzom qui suit, datant du 15 septembre 2016, vous aurez un aperçu détonnant des perspectives toujours prégnantes évidemment quatre mois plus tard.

Il y a encore quelques mois en France, comme pour renverser le sentiment d’impuissance de l’année 2015, la jeunesse semblait en passe de retrouver la plage sous les pavés. Quelques mois d’été plus tard, les vagues ont repris d’assaut les plages. Vague d’attentats certes, mais aussi – avec des armes autrement plus puissantes et une politique bien plus ancienne – vagues d’autoritarisme raciste.

Vague après vague, ce mal se propage dans toute l’Europe. Des gouvernements d’extrême droite s’installent, ou s’y préparent. Mais la situation est déjà critique lorsque l’extrême droite est devenue la principale force d’opposition dans le champ politique, comme c’est le cas aujourd’hui en France entre autres. Imitée de toutes parts, l’extrême droite n’est alors plus que l’une des forces qui accélèrent la surenchère autoritaire des partis bourgeois classiques et de leurs institutions nationales – et a fortiori, supra-nationales.

Un seuil est franchi dans l’accumulation d’abus d’autorité les plus divers, du recours à de vieilles armes constitutionnelles aux dernières mesures liberticides, des attaques les plus officielles et assumées aux violences perpétrées loin des caméras de télévision. L’état d’urgence semble en passe d’accéder à la durée indéterminée, et une politique ultra-autoritaire se généralise – pas encore la Turquie d’Erdogan, déjà plus la routine antidémocratique de la Ve République.

Cette politique systématique semble désormais pouvoir compter sur un soutien de masse (ou du moins l’absence d’une opposition de masse) à un projet de société déjà en cours de mise en place. Alors que les beaux discours s’accumulent sur la défense de « nos libertés » face à leurs « ennemis » belliqueux (au Moyen-Orient) ou industrieux (en Chine), la « solution » autoritaire à la crise économique et politique du néolibéralisme en Occident se dessine de plus en plus nettement ici même.

La situation est grave, et la presse française s’en fait l’écho : elle bruisse d’un vocabulaire digne des plus sombres décennies de ce siècle – barbarie, invasion, collaboration… ¡No Pasarán! Mais pour ces médias, propriétés de grande valeur pour nos ennemis de classe, les « collabos », les « Munichois », c’est nous ! Les « islamo-gauchistes » (autrement dit, les « judéo-bolchéviques » du 21e siècle), ou tout simplement, celles et ceux qui prétendent encore résister au raz de marée autoritaire.

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Comment comprendre ce raz de marée, alors qu’une crise sans précédent ronge la légitimité de la « caste » des représentants politiques professionnels ? Quel est l’enchaînement des circonstances entre le dégoût omniprésent d’un système manifestement anti-démocratique, et l’approfondissement de ces tendances anti-démocratiques ? Un élément de réponse majeur, et le premier du point de vue de nos responsabilités, est l’incapacité de la gauche radicale (en France, mais pas seulement) à construire une riposte organisée et de masse, visant à endiguer le phénomène. Mais il faut alors expliquer cet échec.

Pour répondre à toutes ces questions, il ne faut jamais perdre de vue l’objet principal des offensives idéologiques qui soutiennent les politiques autoritaires, offensives extrêmement violentes et puissantes, si l’on en juge par les dérives rapides qui affectent la quasi-totalité du champ politique et de larges secteurs des sociétés européennes : le racisme et l’impérialisme – avec pour pointes avancées l’islamophobie et la chasse aux migrant·e·s, entre autres formes de racisme d’État, ainsi que la « guerre contre le terrorisme ».

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La chose devrait être entendue. Pourtant une partie de la gauche radicale, non contente de relativiser l’importance de ces questions, va jusqu’à contester qu’elles fassent partie des termes du débat.

Nous considérons que le contrôle de la République sur les vêtements des femmes ne fait avancer aucune des causes que nous défendons (au contraire !). Aujourd’hui, dans des cercles qui s’étendent parfois jusque dans le mouvement syndical et social, il n’en faut pas plus pour se voir accuser de pactiser avec un nouveau fascisme. Et trop nombreux sont ceux qui, sans aller jusque-là, ne voient dans l’agitation autoritaire et raciste permanente qu’une diversion empêchant de s’occuper des vrais problèmes. Prenant la récente affaire du « burkini » par le petit bout de la lorgnette, certains reprochent simplement au gouvernement de faire « beaucoup de bruit pour rien ». Mais d’autres adressent les mêmes reproches aux femmes qui portent ce vêtement, ou même, les accusent de provocation extrémiste, sur fond de « lutte contre le terrorisme »…

De glissement en glissement, une partie de la gauche de transformation sociale est donc bien mûre pour traiter les antiracistes comme des « collabos ». Rien d’étonnant au fond, dans un pays où l’islamophobie n’est pas toujours considérée comme un racisme, même dans la gauche radicale. Au-delà de l’intervention du Conseil d’État, le débat en France a confirmé que la reconnaissance de libertés si élémentaires qu’elles semblent aller de soi (se vêtir à la plage !) demeure à géométrie variable. Ne rencontrant aucune protestation large et organisée, le processus trouvera les formes que l’arrêt du Conseil d’État l’oblige à chercher.

Il est grand temps que les plus naïfs apprennent à faire la différence entre un mirage et un contre-feu. Le gouvernement a-t-il beau jeu de faire enfler des polémiques racistes et sexistes, dans un contexte où il veut à tout prix refermer la parenthèse du mouvement social du printemps dernier, « contre la loi  »Travail » et son monde » ? C’est une évidence. Mais n’y voir qu’un « écran de fumée » masquant les « vrais problèmes », c’est commettre une grave méprise : cette fumée-là n’est pas sans feu.

L’été 2016, en France notamment, a constitué une étape supplémentaire dans l’approfondissement de discriminations racistes bien réelles, concrètes et anciennes (bien au-delà du burkini), et dans leur popularisation au sein de la société française, avec pour toile de fond les entreprises guerrières censées répondre aux attentats. Négliger cela, c’est d’abord négliger la réalité de l’oppression raciste en France – soit en niant sa réalité matérielle, soit (ce qui revient au même) en la dissolvant dans une conception étroite de « la question sociale ». Une lourde responsabilité qui pèse déjà en grande partie sur la gauche radicale.

C’est aussi se priver de toute stratégie digne de succès : cette oppression est devenue centrale dans la politique de la bourgeoisie. Aggravé et reconstruit idéologiquement dans la « guerre contre le terrorisme », le racisme d’État est le principal ciment d’un bloc autoritariste aux mille visages, un point d’appui majeur pour son extension, un facteur de consentement de secteurs croissants des classes populaires à des politiques qui les oppriment – austérité néolibérale, répression sociale facilitée par l’État d’urgence, etc. Et si la lutte antiraciste demeure un point faible historique de la gauche de transformation sociale, notamment en France, comment s’étonner que ce point d’appui s’offre à l’hégémonie bourgeoise ?

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Ce n’est pas le seul point faible de notre camp politique, dans un contexte d’oppressions multiples, de guerres dévastatrices, enchâssées dans la grande catastrophe économico-écologique qu’est le capitalisme.

Pour ne parler que des faiblesses les plus nettes de la gauche radicale en France : nous sommes en difficulté dans la défense de libertés démocratiques durement attaquées, ou dans nos rapports avec les institutions verrouillées de l’Union Européenne ; nous ne parvenons pas à lier la contre-offensive dans les luttes sociales, à l’élaboration des perspectives politiques indispensables à ces luttes, après des décennies sur la défensive ; nous ne menons pas ensemble les batailles nécessaires dans le champ politique institutionnel.

Autant de faiblesses qui se font cruellement sentir lorsque des contre-offensives populaires s’esquissent. Heureuse surprise du printemps 2016 en France, le mouvement contre la loi « Travail » et son monde a remis au goût du jour les mobilisations sociales, les manifestations de masse, la question de la grève, et celle de la confrontation avec l’État, sous un gouvernement socialiste qui avait auparavant surtout eu à se préoccuper de la « manif pour tous » et des attentats. Tandis que les forces les plus convaincues ont peiné à lancer des grèves à la hauteur des enjeux et de la détermination de la classe dirigeante, le dynamisme du mouvement ne s’est pas démenti, notamment dans la jeunesse, y compris sous des formes qui ont été contestées au sein du mouvement : prise de la tête des manifestations, recherche de confrontations physiques avec la police, actions de « casse » et de blocage…

De multiples débats doivent se poursuivre sur cette mobilisation qui tente elle aussi de le faire. Mais s’agissant de la surenchère autoritaire dans les sociétés européennes, un débat en particulier retient immédiatement l’attention : celui des rapports avec la police. Il serait suicidaire, dans ce « coup d’État d’urgence » que nous vivons, de ne poser cette question que du point de vue tactique et « interne » au mouvement du printemps 2016, comme pour ménager l’opinion de ceux qui seraient prêts à se résigner à la Loi Travail « à cause des casseurs ».

Quoi que l’on pense de telle ou telle action menée contre la police lors des manifestations, c’est d’abord à une répression inouïe par la police que nous assistons, dans le mouvement social et bien au-delà. Or, cette répression divise aujourd’hui un camp social qu’elle devrait réunir contre elle : le nôtre. Celles et ceux qui sont en première ligne de la répression policière en connaissent la gravité, mais d’autres secteurs conservent une perception « neutre » de l’action violente de la police, et sont tentés de la canaliser, contre les petits « casseurs » à l’occasion (les grands casseurs qui possèdent la planète peuvent dormir tranquilles), et la plupart du temps, contre les « islamistes » ou la « racaille ».

Ce « recours à la police », émanant de notre camp social et politique, est catastrophique dans le contexte actuel, et on retrouve ici le double échec qui nous menace, sur le plan de la lutte contre les oppressions, et sur le plan stratégique plus général. D’une part, ce recours coupe une partie de la gauche radicale des opprimé·e·s aux côtés desquel·le·s elle prétend lutter et qu’elle espère rassembler, car ce sont les premier·e·s à faire les frais des violences policières. D’autre part, il nous prive de l’un des principaux avantages stratégiques qui reste à prendre contre l’extrême-droite et les secteurs les plus radicaux du bloc autoritaire : quelle que soit la souplesse politique dont ils ont fait preuve depuis des années, ceux-ci peuvent difficilement se retourner contre la police.

Une colère de masse contre toutes les violences policières serait un point d’appui décisif pour nous, dans l’autoritarisme ambiant.

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Ce printemps 2016 a aussi soulevé à nouveaux frais la question des perspectives politiques et de leur élaboration collective, dans une sorte de « mouvement des Indignés » lancé à retardement en France, l’expérience des « Nuits Debout ». Riche et contradictoire, l’expérience est encore vivante, et encore en débat. Mais sur le plan des perspectives politiques, il est déjà frappant que l’espoir de renouveau soulevé par Nuit Debout tranche avec tout ce qui se profile pour les échéances électorales de 2017.

L’identité des candidats possibles en est un premier indice. Et les campagnes effectivement menées sont toutes gravement affectées par la surenchère autoritaire et raciste qui inonde le champ politique, ou incapables d’y répondre. La seule campagne qui semble rencontrer un écho sur le côté gauche du gouvernement, celle de Jean-Luc Mélenchon, marque un net recul par rapport à celle de 2012, non seulement en termes de crédibilité, de division et d’affaiblissement de la gauche radicale, mais aussi, précisément, pour la tournure de plus en plus ouvertement social-chauvine qu’elle a prise.

On pourrait débattre des mérites des autres campagnes qui tentent de représenter la gauche radicale, mais elles sont animées par des organisations et des militant·e·s peu ou pas convaincu·e·s de l’importance stratégique de la politique représentative dans le contexte actuel, qui implique de se rassembler pour se remobiliser autour de perspectives concrètes et ambitieuses (autrement dit… radicales). Autant dire que sans cette ambition – et dans les règles d’un jeu institutionnel et médiatique toujours plus antidémocratique – c’est perdu d’avance.

Les candidatures et les campagnes électorales qui s’annoncent pour 2017 sont donc le meilleur argument de celles et ceux qui veulent déserter l’arène électorale et le champ de bataille institutionnel une fois pour toutes. Et on peut en effet faire le pari que la crise de légitimité du champ politique dans son ensemble va encore s’approfondir. Cependant, l’autoritarisme raciste qui fait figure d’unique projet alternatif, à force de s’appuyer adroitement sur la contestation diffuse de l’ordre établi, pourrait bien finir par l’absorber.

Faut-il se résoudre à l’absence de toute campagne d’ampleur opposée au bloc hégémonique en 2017 en France ? En tous cas, il est indispensable de se demander comment repartir à l’assaut, par « les luttes » (manifestations, grèves, et autres interventions concrètes dans la conjoncture), et indissociablement, par l’élaboration collective d’un projet politique fédérateur (sans doute impossible sans une participation bien pensée aux élections).

Dans cette société au bord du gouffre, la question des perspectives politiques construites « dans la rue » s’aborde avec la même lente impatience que celle des perspectives « dans les urnes ». Il n’est pas question de brûler les étapes de l’élaboration collective dans des cadres tels que les Nuits Debout. Ne nous privons pas pour autant de tirer des bilans d’étape.

Les secteurs de notre camp social (notamment dans la jeunesse) qui n’ont pas besoin de mots d’ordre plus précis que « contre la loi Travail et son monde » pour jeter toutes leurs forces dans une initiative comme Nuit Debout ou dans les « cortèges de tête », détiennent sans aucun doute certaines des clés de la situation. D’autres clés sont entre les mains d’autres secteurs, dont la mobilisation unifiée, la grève, la révolte générale, seraient plus puissantes mais nécessitent manifestement des perspectives politiques plus concrètes, un projet de société auquel croire assez pour risquer le peu qu’ils détiennent.

Des perspectives auxquelles cette revue cherche à contribuer par le débat théorique et stratégique.

Mathieu Bonzom

URL originale de l’article :

https://www.contretemps.eu/coup-detat-durgence/

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Note complémentaire :

Pour précision la découverte de cette intéressante ressource progressiste sur Internet s’est opérée à partir d’un résultat de recherche ayant abouti à cet article de janvier 2016 se rapportant à l’économie chinoise, et qui est lui aussi très intéressant :

https://www.contretemps.eu/crise-capitalisme-chinois/


Autre note complémentaire :

Je reste sceptique quand-même pour ce qui relève de l’enthousiasme de Mathieu Bonzom à l’égard de l’initiative « Nuit debout », qui me soit apparue au moins dans sa version toulousaine, plutôt restreinte en terme d’audience populaire large, tant au plan générationnel, qu’en terme partisan et de présence des habitants des quartiers les plus pauvres de la ville. En simplifiant, à part des étudiants, des militants syndicaux et politiques et très ponctuellement quelques badauds, elles ne m’ont pas parue rassembler grand monde, en dehors des jours de manifs, qui corresponde à ce qu’il désigne par l’expression « jeter toutes leurs forces »…enfin j’ose espérer que toutes les forces déterminées au changement ne se résument pas au groupe très restreint de personnes que j’y aie rencontré !  

Des fourberies des fausses gauches…

…et des progressistes en peau de lapin.

et des progressistes en peau de lapin...

C’est arrivé à nouveau. « Cela n’a aucune importance« , comme dirait Picasso. « Le Grand soir » a une fois de plus censuré mon propos. Mais cette fois les circonstances sont parlantes, car le sujet des remarques que je faisais, et le fait qu’elles aient été effacées m’empêchant de répondre à Fabrice Aubert qui m’interpellait pourtant nommément, désigne une forme non seulement de censure, mais plus simplement de totalitarisme assumé.

Je peux être naïf ou le paraître dans mon propos, parce qu’il est un principe du respect de la personne humaine auquel je sois attaché sans doute avec toutes mes tripes : j’accorde de principe a priori, à toutes celles et ceux que je ne connais pas, toutes les qualités positives des êtres humains. Cela s’apparente un peu à la présomption d’innocence, ce droit aujourd’hui si galvaudé par la justice bourgeoise, s’inspirant du principe que tant qu’on n’ait pas de preuve que la personne soit fautive ou mauvaise, la juger ou pire condamner s’avère en soi criminel. Cet attachement se double de l’expérience sur le long terme de fréquentation des milieux éducatifs, et qui me conduit à applaudir des deux mains et des deux pieds l’analyse qu’en fasse Sir Ken Robinson : usine de reproduction des élites littéraires, matrice destinée à produire des universitaires à la chaîne, l’école non seulement a perdu sa mission d’accompagnement de l’épanouissement des êtres, mais travaille à la destruction de leur imagination et de leur créativité.

C’est ce qui explique que lorsque je lise des propos s’affligeant des difficultés contemporaines à opposer au capitalisme et suggérant plutôt que d’y faire face, qu’il faille « éduquer les masses« , ce qui revienne à présumer que les êtres humains soient en majorité des abrutis, cela me mette hors de moi. Ce n’est pas seulement parce que cela renvoie aussi aux pires travers des régimes proto-marxistes qui aient de différentes façons plus tragiques les unes que les autres, tenté de prendre cette voie au vingtième siècle. Cela pourrait s’y apparenter si ne je voyais seulement dans ces manifestations de mépris des personnes que l’héritage d’une éducation politique érigeant Marx et Lénine en nouveaux prophètes, et dévoyant l’engagement en « militantisme », de vocation ou de métier, à l’origine de toute une hiérarchie malveillante réactionnelle au catholicisme de bon ton des capitalistes européens. Mais je laisserais bien sûr ces doctrinaires discuter entre eux de l’intérêt à rêver une société égalitaire possible, et qui soit compatible avec leur mépris a priori patent du commun et des petites gens.

Le cœur des dissensions qui se soient faites jours les derniers temps était évidemment dans la farce qu’entretiennent certains, et suivant laquelle les marxistes devraient soutenir la candidature social-démocrate de Jean-Luc Mélenchon. Pour suivre leur raisonnement, il faudrait taire l’opposition au capitalisme, ne surtout pas le désigner comme ennemi du peuple, afin à terme d’élire un nouveau parlement où seulement à ce moment là, par la magie de la seule soumission minoritaire du PS, considéré comme allié, on pourrait alors s’en prévaloir. La débilité profonde du raisonnement, étant donné qu’il repose sur la disparition impossible des droites auxquelles d’ailleurs s’apparente l’allié potentiel en question, a de plus en plus de mal à convaincre qu’on ait affaire à autre chose qu’une énième manœuvre de cette fausse gauche ayant produit les « alternances » dont tous les français ne puissent ignorer où ça les ait conduits, a fortiori à l’issue du dernier quinquennat. D’ailleurs il suffit de lire leur programme pour s’en convaincre : il s’agit d’une suite de propositions présentées de manière à pouvoir être négociables, dans la forme traditionnelle préparant comme d’habitude les enterrements en grande pompe des promesses électorales [Marc dit: « les promesses rendent les fous joyeux« ].

Fabrice Aubert fait parait-il partie d’un « think tank progressiste ». Déjà ceux qui connaissent ce que représente aussi le tank dans l’histoire communiste ne peuvent se sentir dépaysés. Mais là il s’agit d’un tank gentil, d’une machine de relations publiques destinée à vendre aux gogos le vent à emporter leur petit bateau rêveur, vers des lendemains chantants tous pleins d’égalité, de fraternité et de « conscience politique » bien éduquée.
Ramené au plan culturel, il ne s’agit de rien d’autre que d’une élite universitaire auto-proclamée, qui reprenne à son compte l’idée bourgeoise de minorité éclairée, s’auto-valorisant par conviction de sa supériorité acquise par l’instruction. Qu’il lui soit facile de suggérer que qui mette en cause ce qui n’est rien d’autre qu’un complexe de supériorité, par toutes sortes d’accusations infamantes allant jusqu’à la désignation paradoxale d’ennemi de classe, du libertaire nihiliste perché au pur et dur et jusqu’ou sous-marin roulant pour l’extrême droite ou les services de renseignement, ne trompe heureusement plus grand monde. Les thèses de ceux-là se heurtent de toute manière à quiconque serait attaché aux aspirations simples et légitimes du prolérariat lui-même, autant qu’à l’expérience qu’il ait pu partager.

L’Aubert est bien éduqué donc, il m’apostrophe « nauséabond » et lorsque je lui répond « fourbe », il charge ses petits copains modérateurs, de s’occuper des ciseaux, ce qui lui permet de continuer tranquillement ses savantes démonstrations : je n’ai rien dit. Ce monsieur se déclare lui-même, dans même registre que Roland Castro, « révolutionnaire« , mais j’ai bien peur que l’espèce dont il s’agisse ne soit rien qu’une déclinaison de pacotille, à en juger par les « faits politiciens » auxquels ils attachent une importance déterminante, comme les calculs électoraux, quand ils ne consistent tout au plus que de bavardages internes au spectacle auquel donne lieu régulièrement la farce électorale, instant de « citoyenneté » généralement dédié à suspension de tout débat de fond, puisqu’exigeant gommage de toutes les incertitudes, afin de départager les fantasmes qui associeront au mieux chaque « candidat » dans son verbe aux illusions qu’entretiendraient celle-ci ou celui-là. [cf. François Béranger : « Tous les sept ans et même parfois avant on a droit au grand carnaval…« , Magouille blues]

Ces gens là veulent faire croire que le capitalisme ait, d’une manière ou d’une autre changé, qu’il soit devenu aujourd’hui pire qu’il ait jamais été. Mais le capitalisme désigne depuis ses origines la poursuite exclusive du profit maximal au prix de négligence absolue du sort des êtres humains et de l’environnement. Il voudraient absolument nous convaincre que la technicité financière contemporaine et le règne absolu des marchés, qui ne constituent de fait que la connaissance spécialisée qui légitime leur revendication élitiste, empêche de reconnaître le monstre tel qu’il a toujours été. Comme pour les socio-libéraux qu’ils proposent simplement de remplacer, ils situent les solutions possibles dans le domaine du « négociable ». Au final, l’alibi démocratique et électoraliste sert de cache-misère à leur volonté purement accidentelle , voire accessoire, d’écorner les prébendes du capital.

Vouloir affirmer qu’il n’y ait sur le fond qu’un unique ennemi, et qui soit le système capitaliste en lui-même, leur donne des sueurs froides. Et pour cause, ils en prospèrent et espèrent y garder quand ce n’est pas y conquérir leur place. Ainsi nous expliquent-ils que monde moderne aurait du bon, et surtout qu’on ait besoin d’avoir fait des études supérieures pour le reconnaître et ne pas s’égarer dans une opposition frontale présumée « dangereuse » à nos maîtres. On sent un léger malaise, une légère nausée, devant ce que cela traduise d’hémiplégique à l’égard d’une partie considérable des habitants de la planète, rendus esclaves affamés par la machine, conquis chez eux par l’invasion des déchets toxiques et des forces armées pour bonnes raisons humanitaires. Comme le Le Pen et ses détails de l’histoire, le sort des terriens piétinnés, massacrés, torturés, spoliés, et pour ainsi dire conquis absolument ne serait de fait qu’une scorie malheureuse, un incident de parcours lié non pas au capitalisme en lui-même, mais à sa définition savante « ultra-libérale » qui changerait tout. Ah bon ?
Première nouvelle !

Cette pilule « savante » déjà dure à avaler s’enrobe de surcroit d’un sabir revendiquant sa prétendue filiation à des combats populaires du passé. Ces gens là citent Marx à tout bout de champ, mais là encore ce n’est pas le Marx que tout le monde connait, c’est sa version « actualisée », qu’il faille connaître par le menu et rapporter aux fameuses situations « nouvelles » que créerait la « mondialisation de l’économie de marchés » mais aussi la « désinformation des peuples ». Oubliée complètement la situation des peuples à l’époque même où fut créée la première internationale ouvrière. Oublié même au passage cette définition « internationale » et du prolétariat et du capitalisme dont elle se revendiquait dès le Manifeste de 1871 ! Non, notre monde est différent, puisqu’on vous le dit ! N’écoutez pas les vieux schnocks communeux et leurs aspirations d’ignorants, qui les aient fait statuer, il y a près de 150 ans, que le changement d’ordre social ne puisse s’établir qu’en transcendant les frontières des nations en résultant de l’effort commun des peuples exploités, ce du fait de la nature en elle-même internationale de l’ordre capitaliste, et pas seulement de l’universalime supposé « héritier des lumières » comme ces « nouvelles lumières » essaient de nous en persuader.

Héritière des Communes, l’aspiration à une émancipation de l’exploitation pour toutes et pour tous ne se départageait pas comme aujourd’hui les peuples entre « instruits » et ceux « à éduquer ». A contrario elle s’est concertée dans l’action, dans une lutte pour la survie de celles et ceux qui prirent à cette époque conscience, que faute de se révolter, cette survie deviendrait impossible. Les comparaisons pertinentes que l’on pourrait faire aujourd’hui procéderaient des rapprochement entre la condition ouvrière des européens du dix-neuvième siècle de celles qui prévalent actuellement en Chine ou en Afrique, par exemple. Mais l’obscénité des postures victimaires d’une bourgeoisie européenne à laquelle ceux-ci appartiennent, pour peu qu’on la désigne, vaut qu’on la censure. Il n’est pas de bon ton d’apostropher ces donneurs de leçon en qualifiant leurs démonstrations du nom qu’elles méritent, la fourberie. Ces personnes savent bien pourtant ce qui détruise et la planète et tout espoir de survie, digne ou pas, sur cette planète. Ils concourent tout juste à la préservation des avantages de classe que nous aient accordé un temps en Europe les puissants quand l’équilibre des blocs rendait encore l’armement rentable par la seule terreur, sans nécessiter de guerre pour épuiser ses stocks.

À présent cet équilibre rompu a pu nous permettre de voir mises en scène toutes sortes de « nouvelles guerres », « pour le droit international », « pour l’ingérence humanitaire », « pour la démocratie », etc. Le « seul espoir » à les entendre, c’est l’ONU, ou c’est, suivant leur courage extraordinaire, d’éviter une guerre chez nous. Ah bon ? Mais qu’est-ce qui empêcherait hier comme aujourd’hui les capitalistes de déclencher une guerre si leurs beaux modèles statistiques leur disaient que ce soit pour eux la meilleure voie de profit ? Une expression parlementaire minoritaire peut-être ? Qu’en ont-ils au juste à foutre des peuples européens comme des autres, si des millions de kilomètres carrés devenaient inhabitables un peu partout ? Est-ce que la contamination par les particules fines empêcherait la machine de production chinoise de fonctionner à plein régime ? Est-ce que la transformation des ports d’Afrique centrale en décharge de déchets toxiques freine le commerce florissant des ressources qui s’y pillent quotidiennement ? Et surtout qu’est-ce qui dans la définition première du prolétariat, permette de distinguer que la guerre du capitalisme contre nous, ce nous universel et résistant des communeux, ne soit pas déjà à l’oeuvre, au vu des massacres perpétrés ces dernières années en Afrique du nord et au moyen-orient ?

Ce sont là des questions subsidiaires pour ces gens là qui, le nez sur l’horizon électoral, n’ont bien entendu aucun scrupule qui à citer Karl Marx, qui pourquoi pas à parler de « révolutions », révolutions qu’ils n’imputent qu’aux réflexions préalables des élites, évidemment et jamais au peuple primaire et ignorant qui y ait laissé des morts par millions. Vingt millions de soviétiques pour nous libérer d’Hitler et ses copains. D’innombrables résistants communistes décimés et qui soient de fait les véritables conquérants des droits obtenus par le CNR pour les travailleurs. Toutes les « conquêtes sociales » sont en réalité des compensations acquises par le sang du peuple que ces gens là désignent comme « mal éduqué » et « handicapé de la conscience politique ». Au plan environnemental que valent après tout les cent mille liquidateurs de Tchernobyl auxquels nous devons européens d’avoir pu vieillir ? Le peuple pour ces beaux parleurs, c’est de la merde, c’est de l’ignorance, ils nous doit tout et on ne lui doit rien. Et bien je ne partage pas leurs points de vue, c’est le moins qu’on puisse dire. D’expérience, j’accorde bien plus d’espoir dans la mobilisation des millions d’anonymes pour l’histoire bourgeoise et qui explique de fait que tout ne soit pas encore plié, qu’aux beaux discours de tous ces planqués d’avance, vendeurs de rêves avariés qui cisèlent leur ignorance en cherchant la paille dans l’œil de leur voisin qu’ils ne regardent pratiquement jamais, convaincu qu’il n’y croiseront jamais l’étincelle qu’eux-mêmes ont perdue à l’école de la république.

Ainsi vont-ils immanquablement penser que la mise en scène du peuple, notamment la télé, celle qui consacre les Gad Elmaleh et autres Hanounas de service et leurs imbécilités pour preuve du degré de conscience politique à l’oeuvre, aurait valeur de vérité incontournable.

Bien sûr la télévision poursuit l’objectif de nous désigner les uns pour les autres comme des crétins absolus. C’est une méthode évidemment élémentaire pour compléter par la peur de l’autre, la peur de l’avenir et ramener tout le monde dans le giron de la matrice. Il ne faut pas donner au peuple l’idée qu’il soit mauvais, qu’il soit méchant, égoïste ou cruel, il est nettement plus efficace de le convaincre d’être idiot. Car qui ferait confiance à un complet imbécile ? qui ne serait pas effrayé à l’idée d’une foule déchaînée de complets abrutis ? ainsi se trouve résolue d’avance l’équation de tout soulèvement populaire potentiel…et pis ça nous arrange (!)…

Oulala, se révolter, mais vous s’y pensez pas, on va s’exposer au déchaînement des sauvageons qui voudront qu’on applique la charia, ou au choix, aux crétins qui rêvent d’un avenir sans eux pour conquérir leur propre droit à l’esclavage tout confort, qui vous nous enfermer entre quatre murs ou dans des stades.

Le tour de force de cette propagande électorale, c’est qu’elle s’appuie sur un ordre stratégique sur le fond à mourir de rire : on élit des « nouveaux représentants », et si ils ne parvenaient pas (forcément) à être entendus, ce serait à ce moment là à la viande prolétarienne de se bouger le cul pour se faire entendre en les soutenant ! C’est pas rigolo, peut-être ? Car à quoi cela revient-il sinon à présumer outrageusement qu’en représentant tout au plus 5 à 6% des électeurs, compte tenu d’une abstention généralement forte, ces gars là garderaient le beau rôle de le représenter à eux seuls, tout ce peuple ! Or ce projet là, c’est exactement ce qui se produit depuis qu’on nous vend « la gauche » comme vecteur de changement, au moment des élections : « vous allez voir ! la finance, le capitalisme n’aura qu’à bien se tenir, nous on sera là » ! Si c’est pas mignon ! Autrement dit « comptez sur nous pour des lendemains qui chantent », suivi de « on a tenté le coup » et pour finir, « vous êtes tous baisés mais c’est pas de notre faute », « on est toujours copain, hein ? » ! Quand ils cantinent, ce sont les « négociations » qui sont difficiles, ils font « toujours de leur mieux ». Quand ils perdent, il se mêlent un peu plus au populo, lui tapent dans le dos, attendant une ouverture.  Ces « révolutionnaires » de bureau veulent tout sauf un vrai changement, une vraie révolution qui les remette à leur place, celle de n’importe qui, du prolétaire qui les effraie, qu’ils appellent au calme, au respect de l’ordre et des institutions, au respect de leur maman nourricière, la république capitaliste. Peu importe qu’elle condamne aujourd’hui courrament pour délit d’opinion. Peu importe qu’elle désigne le prolétariat pour du gibier de prison, pour charge inutile à la production, pour ingrat incapable de reconnaissance pour sa gamelle, si dégrévante pour la finance publique. De fait ces enfoirés raisonnent la sagesse populaire exactement au même niveau que les lepénistes : en économistes de salon, en calculateurs de pertes et profit à l’existence ou l’inexistence d’autrui, en parasites comme leurs maîtres. Quand les uns méprisent les étrangers à l’intérieur et les autres à l’extérieur, d’un point de vue de prolétaire, où est au juste la différence ?

Et évidemment, comptons sur le renfort de ces beaux parleurs, et l’accuité de leur sens politique : la bonne sagesse populaire nous conduira à renouveler grâce à eux son bail à l’élite servile du capital dans l’un ou l’autre de ses parfums au choix : vous la voulez sociale-démocrate citoyenniste ou libérale-conservatrice, votre dictature mondiale ?

Du crétinisme se targuant de « progressisme »

Les supporters de Jean-Luc Mélenchon découvrent peu à peu que les raisons du caractère pour ainsi dire « modéré » voire franchement éloigné du marxisme du programme de leur chouchou n’avaient pas seulement pour objectif de ménager la sensibilité de l’opinion publique. Le projet, depuis le départ, était de ramener les brebis échaudées ou galeuses de la « gôche » dans le giron de la social-démocratie. Il est très bien que cela se produise à des mois des échances électorales de 2017 ; les électeurs ne pourront pas prétendre ignorer que voter Méluche équivale en définitive à cautionner une coalition potentielle en droite ligne des politiques libérales et bellicistes des Mitterrand, Jospin et Hollande. Les incantations pseudo-marxistes, les discours sensés défendre la classe ouvrière là-dedans n’interviennent qu’aux fins de parfumer le marketing politique du tribun avec un peu de sueur, mais en réalité aucune solidarité crédible avec le sort de plus en plus tragique des peuples piétinés par le capitalisme.

Cet avatar n’a rien de surprenant dans le contexte de pourriture du politique en Europe, avec ses chantages au racisme d’un autre âge et ses carottes au confort bourgeois renouvelé et renouvelable. Il pose à toute personne admettant que l’analyse marxiste de la société garde en elle-même toute sa pertinence, deux problèmes essentiels. Le premier est de savoir s’il faille vraiment taire la réaction morale naturelle que doive susciter l’emprunt d’un dossart « progressiste » par un projet entièrement dédié sur le fond, à abonder le fond de commerce social-démocrate. Le second est de questionner le contexte contemporain sous l’angle du bellicisme armé croissant du capitalisme, ce qui peut conduire à élargir les perceptions de la menace qu’il fasse peser sur l’ensemble des peuples de la planète.

En effet Mélenchon et ses supporters se présentent au public comme les porteurs de la seule chance pour la France et l’Europe, d’infléchir les politiques publiques aux fins de les réorienter dans l’intérêt général. C’est sans doute ce qui explique qu’il finissent par ne plus focaliser que sur les enjeux supputatifs d’une sortie de la France de l’Union Européenne, et s’efforcent avec vigueur d’évacuer à la marge tous les autres sujets brûlants mettant en cause, très directement, la vacuité de leurs approches.

Depuis l’effondrement du bloc soviétique le capitalisme international s’est découvert les coudées franches, pour se garantir dans la mesure du possible des marges de profits à deux chiffres. Sa stratégie pour l’obtenir s’est appuyée sur deux facteurs de croissance : le maintien d’une industrie de l’armement par la guerre et l’attaque de toutes les économies publiques dont la croissance en elle-même puisse mettre en cause la domination des entreprises transnationales.

Maintenir une industrie de l’armement profitable, alors que la menace soviétique ait pratiquement disparue, s’est opéré sur plusieurs terrains parallèles. Le premier fut l’élimination de ce qui pouvait rester des non-alignés, à commencer par la Yougoslavie qui, en vertu de sa place stratégique en Europe, faisait obstacle à la libéralisation généralisée du marché européen à l’Est. Le second front s’est ouvert rapidement, à peine un an après la chute du mur de Berlin, par la planification de la 1ère guerre du Golfe, à partir d’une escroquerie du gouvernement Irakien de l’époque par la représentation diplomatique américaine. Ouvrir un front belliqueux au moyen-orient, avait à l’époque l’avantage pratique de susciter une demande accrue en armement de la part des pétro-monarchies dont on savait bien qu’elles comptaient parmi la clientèle la mieux à même de payer cash.

On se souviendra du battage médiatique de l’époque où fut distillée l’idée fantaisiste suivant laquelle l’Irak s’avère la quatrième puissance militaire mondiale. Si les mensonges proférés par la suite par les représentations britanniques et américaines aux nations-unies ont sans doute plus marqué les esprits, pour suggérer à la fois la collusion entre le gouvernement Irakien et les activiste d’Al Qaida et la possession d’armes de destruction massive, c’est bel et bien des conflits yougoslave et de la première guerre du golfe que procèdent les premières intoxication publiques massives légitimant l’intervention militaire des armées occidentales sur des terrains où depuis 1945 elles n’aient jamais été déployées.

Redessiner le moyen-orient, au vu des dernières décennies, ne peut manquer d’apparaître comme un projet durable et de grande envergure des puissances capitalistes, et qu’elles n’aient pas l’intention d’abandonner avant un complet succès, l’idéal étant pour elles de réduire voire de détruire définitivement toute puissance de la région qui leur soit potentiellement hostile. Dans cette optique la résolution même temporaire du furoncle syrien annonce à brève échéance la reprise des hostilités à l’égard de l’Iran, sujet parmi lesquels d’ailleurs le « nouveau » président américain s’est bien gardé de causer durant toute sa campagne et depuis son élection. Si il en parle, c’est indirectement, en affichant un soutien infaillible pour l’une des seules puissances nucléaires dans la région, Israël. Rappelons au passage, pour ceux qui l’ignoreraient que l’Arabie Saoudite se soit prévalue en 2016 d’être elle-même et désormais une puissance détentrice de « la bombe ».

Toutes ces gentillesses diplomatiques renvoient au sort des peuples de cette région, que la militarisation accélérée par les guerres ne cesse d’apauvrir, apauvrissement n’ayant évidemment rien à voir dans sa portée sur des populations déjà modestes avec les dumpings sociaux divers s’exerçant en Europe. Mais il convient de dire que tous ces « ré-équilibrages » relativement récents au moyen-orient, présentent actuellement leur inconvénient majeur pour l’économie marchande : le marché de l’armement au Moyen-orient est désormais limité en terme de profitabilité potentielle. Maintenir un profit à deux chiffres de l’industrie de l’armement suppose de garder en réserve les potentialités que recouvreraient l’embrasement d’autres régions de la planète. Potentiellement, il s’agirait de déterminer où resteraient des pays dont la solvabilité offre des débouchés à l’armement massif. Dans cette optique, il est désormais sérieusement question d’ouvrir de nouveaux fronts soit en Europe, soit en Asie, soit même les deux.

Le front Européen potentiel nous le connaissons déjà : il procède des mises en scène politiques qui déstabilisent la Pologne, les pays baltes et l’Ukraine, et qui présentent en plus l’avantage potentiel de complètement déstabiliser l’ensemble des économies européennes et russe. En effet un conflit en Europe présenterait l’avantage, au même titre que celui qui se soit produit entre 1939 et 1945, de stimuler la reprise de l’économie américaine, actuellement à bout de souffle, ce notammant du fait les limites atteintes par ses propres dépenses des dernières années en la matière, incapable d’absorber plus encore le volume produit dans ses propres arsenaux. Il existe toutefois un « grain de sable » dans l’hypothèse du déclenchement d’un conflit armé même conventionnel en Europe, que représente sa densité en ce qu’on appelle les « installations nucléaires de bases », à savoir nos belles centrales nucléaires qui, pour le peu qu’une ou quelques unes soient touchées, auraient pour conséquences possibles l’effet de contaminer durablement l’ensemble de la planète.

L’imaginaire public n’est pas familier à ce type de perspective tragique. Pour cause puisque le danger dont il s’agisse lui soit dissimulé par toutes sortes de propagandes depuis des lustres. La tragédie du nucléaire en effet, n’est pas dans son seul potentiel d’élimination directe de l’humanité dans son ensemble par les bombes atomiques. Elle est tout autant dans la décimation rapide des espèces vivantes que provoquera toute contamination significative de l’air, de l’eau et des sols. La contamination radioactive interne des êtres vivants provoque en effet des mutations cellulaires rapides auxquelles les organismes vivants ne sont pas en mesure de résister, notamment pour maintenir leur intégrité génétique dans la durée. C’est pourquoi à fortes doses les êtres vivants contaminés sont rapidement touchés par des cancers, des fausses couches, et la destruction complète de leurs systèmes immunitaires. Mais c’est pourquoi aussi par exposition moins massive mais plus durable se trouve menacée l’intégrité génétique à l’échelle transgénérationnelle, par la transmission de toutes sortes d’aberration épigénétiques, conduisant tôt ou tard les espèces dans un premier temps à ne produire que des chimères, puis à ne plus pouvoir se reproduire du tout.

La méconnaissance du public de l’échelle de danger représentée par l’industrie nucléaire, et qui lui fasse assimiler la menace à un enjeu écologique « comme un autre », explique sans doute la rareté des fictions cinématographiques ou littéraires dystopiques où l’extinction pure et simple par ces contaminations rende complètement absurde la moindre hypothèse de « monde vivant post-apocalyptique ». Pour un être humain informé, cette absence totale de perspective réaliste d’une survie après toute contamination significative, change forcément toute perspective de vie. Par exemple, elle ne peut que relativiser à sa manière la perception de la menace même des dérèglements climatiques qui eux, même dans la portée désastreuse qu’ils puissent recouvrir, n’ont pas 100 % de chances de rendre toute vie impossible sur terre.

Il peut sembler étonnant pour qui l’ignorerait, que le réel danger des industries atomiques puisse relever de l’importance déterminante dans le démêlé des questions politiques immédiates. Mais si nous nous rapportons au projet « négawatt » de « transition dans la douceur » sur trente ans, vers 100% d’énergies renouvelables, tel qu’il figure au programme de M.Mélenchon, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en aille d’une approche pour le moins simplissime pour ne pas dire « miraculeuse » de la résolution d’un problème créé depuis 1945, et qu’il va nous falloir à nous, espèce humaine, cent mille ans à devoir « gérer ». Produire encore des radionucléides massivement contaminants pendant trente ans, reviendrait tout simplement à destiner les générations futures à supporter encore plus déchets qu’il en existe déjà en quantité phénoménales de nos jours.

Personnellement je m’étonnerais qu’on aille suggérer qu’un tel programme soit prétendument promu dans l’intérêt du prolétariat. Parce que ce que nous en connaissons du prolétariat c’est bien entendu qu’il participe de la masse de la population planétaire la plus exposée aux contaminations de l’environnement, et la moins protégée en terme de systèmes de santé. Il y a même forme explicite d’escroquerie intellectuelle à prétendre que l’adoption de tel ou tel programme nous garantisse d’éviter les catastrophes futures, alors que cette catastrophe là soit bel et bien un élement déterminant de notre présent. Ainsi fanfaroner en promettant des lendemains meilleurs, sans apporter le moindre signe de prise en compte des menaces réelles et qui déjà pèsent sur notre futur, revient à s’inscrire dans le cadre du marketing politicien et non pas dans la dimension souhaitable d’un projet d’intérêt général qui soit crédible ou même réaliste.

J’entend que sur ce thème comme sur d’autres qu’il y ait tromperie tragique des peuples à les inciter à croire que la poursuite de l’ordre capitaliste nous mène autre part qu’à la pure et simple extinction globale. La nécessité d’insurrection face aux menaces qui pèsent sur nous ne relève même plus de l’idéal collectiviste auquel chacun pourrait s’attacher. Reprendre en main la décision collective en sorte qu’elle puisse un jour coïncider avec l’intérêt général suggère un chantier qui n’ait absolument rien à voir avec les arguments de bazar d’une reconquête de la souveraineté monétaire, ou même de la prétention à nous inscrire dans une optique se voulant révolutionnaire. L’enjeu est beaucoup plus sérieux car les menaces sur nous sont beaucoup plus critiques, au point qu’on soit en droit de considérer qu’elles puissent déjà nous dépasser.

Cette campagne électorale 2017 est évidemment marquée par les habituelles diversions destinées à détourner notre conscience politique des enjeux matériels critiques de notre époque. On peut évidemment s’attendre au succès d’estime des racismes et anti-racismes qui jusqu’ici ont si bien servi à détourner notre attention du projet suicidaire d’une génération trop convaincue de technicité au point qu’elle se projète un avenir de moins en moins probable. J’ai renoncé à discuter avec des abrutis des « think tanks progressistes » qui, plutôt que s’informer du réel, préfèrent accuser les masses d’obscurantisme, par pur souci de gagner leur place dans les arrangement parlementaires avec des forces politiques dont on sache pourtant quelle considérations elles portent à la salubrité publique et même à la paix.

Pour moi le capitalisme est une charogne immonde dont l’appétit sauvage ne pourra jamais être rassasié. Ce pour une raison très simple en réalité : son moteur de tout temps, a toujours été d’obtenir le profit immédiat maximal. Jamais, il ne s’est soucié ni de l’avenir commun ni encore moins du sort des masses. Il n’a jamais considéré l’être humain ordinaire que comme acteur potentiel de sa production de profit. Et il en va de même pour la ressource naturelle et tout notre environnement. S’attacher à le réformer, encore plus aujourd’hui, reviendrait à reconnaître l’absolue impuissance des peuples face à la fatalité du destin de l’espèce. Tromper notre peuple en lui distillant l’illusion suivant laquelle la machine de mort que soit devenue le capitalisme puisse acquérir capacité à devenir un jour une « machine de vie », c’est, et peu importe les sympathies politiciennes ou même dogmatiques auxquelles on puisse s’attacher, confondre la faucheuse avec le père-noël.

Le père noël n’existe pas. la faucheuse, elle, oui. Elle décime et torture dans de plus en plus de pays, elle propage misères et contaminations partout où elle passe, et subsistent encore des VRP partisans pour nous conduire chaque fois à la soutenir…Le Pen et Mélenchon sont en définitive à situer comme les autres dans cette optique de diversion qui annonce nos défaites définitives. À ceux qui redouteraient des temps troublés qui puissent venir je n’aurais qu’une chose à dire, c’est que du moment qu’ils procèdent d’une réaction significative contre l’aveuglement meurtrier de la machine capitaliste, je leur adresserais tous mes encouragements. Car je ne vois pas d’autre solution, si idéaliste ou irréaliste cela puisse être interprêté, qu’un sursaut direct des peuples opposant à la machine, pour contrer efficacement la fatalité qu’elle a mis cinq siècles à construire, et qui aujourd’hui nous pose à toutes et tous un problème de survie élémentaire sans précédent historique.

Un avenir en trompe-l’oeil

Qui prétendrait viser le changement en proposant un programme agrégeant les mensonges aux bons sentiments ? C’est un peu ce qu’il ressort de la lecture de « L’Avenir en Commun », le programme liminaire sur lequel Jean-Luc Mélenchon s’appuie pour le lancement de sa campagne électorale.

Les mensonges

On peut mentir de différentes façon. La plus discrète est le mensonge par omission. Cette méthode est d’autant plus pratique que lorsqu’on la dénonce, ses utilisateurs ont vite fait de vous accuser de mauvais esprit, prétextant de manque place ou de temps pour détailler les questions qui fâchent.

Parmi les questions qui fâchent et ne soient du coup pas traitées dans ce document :

  • l’impasse de la société industrielle, en particulier celle de la « massification » du traitement social ;
  • l’impossibilité de fait de construire une démocratie dans une communauté de citoyens factice, qui entre eux ne se regardent même plus et ne se parlent pas ;
  • l’impossibilité de pouvoir concilier le niveau de vie occidental actuel et l’abandon de l’impérialisme armé ;
  • le problème posé par les ressorts occultes du politique : services secrets, interventions militaires meurtrières discrétionnaires ;
  • la contradiction entre le fait de proposer une « transition écologique » et de garder l’industrie nucléaire civile et militaire active à produire des poisons millénaires pendant au moins trente ans ;
  • l’incompatibilité du système technocratique à toute réorientation vers une société fondée autour du respect de l’individu dans son individualité ;
  • la considération pour l’héritage culturel oppressif de la société industrielle implicite du marxisme traditionnel.
  • la considération pour la faillite de l’école, usine à main d’oeuvre, institution de dressage, fabrique d’aliénés dont les pires ne sont pas les « exclus ».

Les bons sentiments

Tout y est enrobé autour de constats larmoyants sur l’état du monde et le sort de tous ces « pauv’malheureux » que la « finance » (encore elle) condamne à mort ou à des vies de merde. Mais ça va changer tout ça, car il y a parait-il, un tas de « progressistes » déterminés pour les aider.

  • à l’international, il y a l’ONU, remède miracle parait-il ; euh, combien de guerre , au juste, se sont appuyées sur des résolutions pour le moins discutables de ces instances ? Et combien de résolutions elles, dont la légitimité des causes justifiait qu’elles soient édictées, sont pour autant restées lettres mortes ?
  • à l’intérieur, c’est très simple, il suffit de nommer de nouveaux représentants au parlement et de changer de constitution. Et oui la représentation c’est la panacée, le seule problème ce sont les représentants. Bah voyons…
  • il faudrait comprendre que si les alternances des quarante dernières années n’aient guère provoqué de changement de société, c’est parce que ce n’était pas la « vraie gauche » qui était aux manettes. La solution, c’est l’alter-alternance citoyenniste, avec son cortège de gros bras, son « économie sociale et solidaire » et tout un ensemble de mesures dont la finalité se dessine clairement comme une bonne perfusion durable pour rendre des couleurs au capitalisme, pour rendre à « l’économie réelle marchande » toute sa puissance.

Quels gogos reste-t-il pour soutenir un cortège de réformes qui ne changeraient rien à nos destins merdeux ?

Là où une rupture deviendrait possible, c’est à partir du moment où le constat des choses soit beaucoup plus réaliste, et parte notamment du fait qu’on doive choisir entre un avenir plus juste ou un avenir plus confortable. Ceci n’est pas une donnée qu’au moins les personnes instruites ne puissent pas comprendre. Le dilemme global actuel ne se résume pas à un choix formel d’ordre social, mais à un choix moral de priorité. Si les menaces environnementales même se résumaient aux incertitudes climatiques d’autre part, ce qui n’est pas le cas, d’où procéderait l’absence de perspective d’afflux massif de réfugiés qu’elles impliqueraient immanquablement ?

Non, on a là une espèce de « plan Marshal » pour nos pommes. La perfusion de bons sentiments, on la perçoit bien dans le flou genre David Hammilton des propositions de « nouvelles relations coopératives » avec les pays d’Afrique. Une sorte de promesse d’utiliser du lubrifiant à l’avenir, évacuant avec pudeur qu’il s’agisse d’une tournante entre pilleurs de grandes puissances industrielles occidentales.

Ce qui me pose le plus problème, au delà de l’inventaire de méprises qu’il serait trop abondant à détailler ici, c’est cet esprit technocratique qui transpire de l’ouvrage et qui passe complètement à côté d’un phénomène aujourd’hui parmi les plus conséquents et déterminants : la faillite du « politique » n’est en effet pas simplement la résultante de l’abrutisssement généralisé des masses par la télévision et les monopoles du multimédia. La « faillite du politique » est due à la combinaison de deux facteurs culturels et sociologiques.

Le premier facteur c’est la généralisation tragique de l’idée que « gouverner soit prévoir », quand « prévoir » ou « planifier » dans l’acception qu’en fasse le politique aujourd’hui, procède d’une projection anticipée et factice d’un avenir, en lieu et place de la détermination de mesures immédiates et concrètes, et qui véritablement traduise la prise en considération du présent, et du présent pour toutes et tous. La technocratie ce n’est pas une caste, c’est avant tout un idéologie politique dont se soient nourries les élites bien pensantes de droite et de gauche, en présumant tragiquement de leur capacité à substituer au pouvoir de décision local, qui, dans notre société de masses, n’a jamais disposé ni des lieux ni des espaces pour pouvoir s’établir.

Le second facteur c’est, plus tragiquement encore, la culture de concurrence et de compétition, dont le marquage chez chacune et chacun d’entre nous va beaucoup plus loin qu’au seul niveau de ressort fondamental de l’impérialisme, du capitalisme ou du libéralisme. Concurrence et compétition, comme la prédation qui en soit un extrême, représentent aujourd’hui les manifestations d’une conception fonctionnelle des êtres, réduisant insidieusement leur valeur à leurs actes. Toute la représentation contemporaine des êtres humains repose sur cette réduction mécaniste. C’est ce qui conduit par exemple, à réduire la véléité humaniste au sort projeté des enfants, supputant que l’innocence de l’immaturité fasse du sort des adultes une question moins critique, lorsque le problème posé c’est celui de la contradiction allant du jugement à la construction d’une compréhension.
Nous sommes les héritiers d’une mauvaise éducation, qui, au lieu de nous accompagner dans la découverte et la compréhension du monde, et des être humains en particulier, bride celles-ci, qui nous donnerait de trop de moyens de le changer, ce monde. Car la concurrence, la compétition et la prédation sont ni plus ni moins que les ressorts d’un asservissement. Concurrence et compétition sont les outils par lesquels devient possible à des individus ou à des groupes, de contrôler les personnes en les opposant les unes aux autres. C’est pour le moins, la méthode idéologique, inculquée dès les plus jeunes âges, qui substitue la « valeur méritoire », la « valeur sociale acquise » des individus à la valeur naturelle que chaque être humain, du seul fait d’être humain, devrait mériter.

Et la démocratie dans tout ça ?

Cette lecture et les conceptions du politique qu’elle recouvre, sonnent comme d’autres l’alarme vis à vis des prêts à penser scolaires se rapportant à la démocratie. Faut-il oublier qu’en définitive de démocratie véritable, à savoir de médiation accordée à toutes et toutes pour décider des questions qui les concernent, il n’en ait jamais vraiment existé. Ceci incite évidemment à s’inquiéter des propos qui, comme celui-ci, suggéreraient le contraire.

Car depuis la démocratie athénienne, qui ne concernait déjà ni les métèques, ni les esclaves, nous n’avons jamais vraiment connu que des dictatures.

Sur la criminalité

Sur l’article précédent un personne avait posté un commentaire que je n’ai pas voulu publier car il comprenait mon propos interrogeant le concept de « racaille » comme un signe de déni de la gravité de certains crimes, et semblait assimiler l’ensemble de la population actuellement prise en charge par l’administration pénitentiaire française à seulement des meurtriers, des violeurs, voire des tueurs psychopathes.

Afin de clarifier ma position sur le sujet je voudrais d’abord reproduire ici la répartition des condamnations telle qu’elle figure dans l’annuaire 2015 des chiffres clés de l’administration pénitentiaire. Bien sûr ces chiffres n’en sont que quelques uns, et ne concernent pas la moitié des personnes prises en charge et qui ne sont comme on dit que « prévenues » et donc en attente de jugement. Mais la répartition des condamnations reproduite ici évitera de verser dans la manie statistique tout en permettant d’éclairer ce en quoi ma thèse suivant laquelle les carences que je dénonce du système éducatif, à savoir la négligence à véritablement aider la personne à construire son contrôle d’elle-même, peuvent en grand partie expliquer le caractère criminogène de notre société.

Donc voici la répartition des condamnations en 2015, source :
http://www.justice.gouv.fr/art_pix/chiffres_cles_2015_FINALE_SFP.pdf

– 14,7 % infractions à la législation sur les stupéfiants (8 957 personnes)
– 11 % vol qualifié (6 708 personnes)
– 8,4 % vol simple (5 081 personnes)
– 8,4 % recel, escrocquerie, abus de confiance (5 091 personnes)
– 7,5 % autres : proxénétisme, atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation, autres infractions (4 580 personnes)
– 5,7 % atteinte involontaire (3 435 personnes)
– 26,1 % violence volontaire (15 824 personnes)
– 12,8 % viol, agression sexuelle (7 249 personnes)
– 5,8 % homicide volontaire (3 524 personnes)
– 0,5 % police des étrangers (294 personnes)

Il ressort déjà de ces chiffres que l’imaginaire populaire assimilant tous les condamnés à des auteurs de violences soit une erreur grossière ; les condamnations pour violences, y compris involontaires ne représentent que 50,4% des condamnations, soit la moitié d’entre elles. À quoi il est permis d’ajouter que si l’on additionne les quatre premières catégories de condamnations citées, on obtienne une proportion de 42,5 % de condamnations pour des crimes de nature exclusivement économique et matérielle. Après quoi les donneurs de leçons iront nous dire que si cette criminalité importante en proportion n’aurait absolument pas à voir avec des déterminismes sociaux. Évidemment, l’addiction à l’adrénaline explique tout, et plus généralement la criminalité serait un phénomène d’origine naturelle qui n’aurait absolument rien à voir avec les termes de l’organisation sociale et particulier de l’accès à l’éducation et à l’instruction.

Ce que ne je fais que dire, et avec insistance car ce phénomène me trouble, c’est que je ne sois pas du tout d’accord avec les analyses de la société qui partent du principe que les criminels et leurs crimes relèvent de populations et de phénomènes marginaux.

L’examen de la nature et des proportions des crimes condamnés en question, et surtout si on les rapproche du fait que près de 250 000 personnes soient prises en charge par l’administration pénitentiaire au 1er janvier 2016, appellent à d’autres comportements que celui qui consiste depuis des lustres à « vouloir guérir », « vouloir instruire par la punition » sans égard suffisant à adopter une politique de prévention qui passe nécessairement par une politique volontariste d’amélioration des conditions sociales propices à l’éducation de tous les jeunes. Ce qui inquiète dans ces statistiques, c’est dirais-je ce qu’elles révèlent de l’américanisation du paysage social en France. Pour simplifier, il s’agit du choix tragique pour le développement d’une industrie de la punition au détriment d’une société garantissant la dignité pour tous, supposée « plus chère ». Là où ça me hérisse, c’est que des milliers de gens semblent considérer que l’alourdissement du système social punitif pour seule réponse à la multiplication de la criminalité, et la criminalité dite « de sang », en particulier, procéderait de « rendre justice » aux victimes, quant au contraire elle spécule à l’évidence sur le mépris des-dites victimes.

Si l’on dit « pour apporter une réponse à l’augmentation de la criminalité, il suffit d’aggraver les peines et de construire de nouvelles prisons » que fait-on sinon considérer que les crimes en eux-mêmes ne soient pas humainement graves, acceptant de fait qu’ils puissent se multiplier, et ne comptant très bêtement que sur l’enfermement de ceux qui en auraient déjà perpétrés pour nous en protéger ?

Ce n’est pas seulement la barbarie de ce système de pensée qui soit en cause mais sa pure débilité. Malheureusement actuellement tout ce que j’entend s’échanger sur ce sujet reste du niveau du café du commerce et notamment le supposé que la mise en cause de la culture punitive systématique relève de l’idéologie de bisounours.

Vouloir répondre à la criminalité en projetant de la punir plus dans l’avenir revient à s’y résigner. Vouloir en déterminer les causes, les analyser, et mettre en place une organisation sociale moins criminogène traduit concrètement l’intention de la combattre.

Qui sont les bisounours, à vrai dire ?


Note : Quelques jours après la rédaction initiale de ce texte, je voudrais quand-même revenir sur l’un des aspects frappants de l’incarcération, et qui suggère lui aussi que nous ayons affaire à une prise en compte strictement comptable de la criminalité et non à une attention suffisante à ses causes sociales et culturelles : le fait que la population féminine détenue ne représente qu’à peine plus de 3% des personnes écrouées détenues. (2073 femmes et 704 mineurs sur un total de 66 270 personnes écrouées detenues au 1er janvier 2015)

Labeur, violence et pédagogie

C’est avec beaucoup de surprise que je me suis laissé prendre à écouter in extenso différents documents produits à la suite d’une algarade entre deux militants d’extrême droite reçus sur sa chaîne Internet par M. Dieudonné M’bala M’bala : MM. Soral et Conversano Il s’agirait a priori de militants politiques évoluant dans la sphère d’influence du Front National, parti politique dont les thèses ne m’ont jamais séduit personnellement, car je les considère si primitives et si à courte vue qu’elles ne parviennent jamais ni à me surprendre ni même à m’intéresser. Je crois en effet que l’avenir nous pose des problèmes sérieux d’ordre commun à tous les peuples, et que le « nationalisme » soit un bon moyen d’évacuer comme s’ils n’existaient pas, et que de toute manière, la construction des nations procédant de la cohésion communautaire d’une population, il soit pratiquement impossible de reconnaître une telle cohésion en France aujourd’hui ; c’est d’ailleurs une impression que les messieurs en question semblent partager puisque pour l’un il y aurait nécessité de « réconciliation » et pour l’autre de construction d’un « communautarisme blanc ».

Pour en prendre connaissance je renverrais au document vidéo publié par M. M’bala M’bala sur le sujet et qui en présente l’intégralité.

Ce qui m’a paru avant tout intéressant est dans la forme à la fois violente et « exotique » qu’ait pris cet échange. M. Soral est tombé sur M. Conversano en lui tapant dessus, prenant pour prétexte que ce dernier exprime que dans un premier temps, il n’ait pas l’intention de respecter son interlocuteur, puis, plus loin, que selon lui les français en aient « marre des arabes ». Pour expliquer la raison de cet accès de violence, M. Soral a exprimé explicitement que cela procédait, selon lui, d’une intention « pédagogique ». J’y reviendrai.

Je voudrais en préalable écrire quelques mots au sujet de l’hôte de ce « débat », Dieudonné. Car l’ayant entendu arbitrer ces controverses, il a suscité chez moi une sympathie renforcée. En effet, j’éprouvais déjà une certaine empathie à son égard, non pas forcément pour partager tous ses points de vue, mais eu égard à la somme de harcèlements de persécutions avérées dont il a été l’objet durant des années du simple fait d’avoir exprimé des opinions qui ne plaisaient pas à tout le monde, jusqu’à le vouloir empêcher d’exercer son métier d’humoriste caustique, bref, jusqu’à vouloir l’empêcher de survivre. Pour moi peu importe qu’il soit effectivement et éventuellement antisémite : j’abhorre dans le principe qu’on légitime la censure de l’opinion. Point barre. Et là, ce que j’ai ressenti à l’entendre, c’est dans la patience qu’il ait pu montrer notamment à l’égard des thèses confondantes défendues par M. Conversano, c’est qu’il avait en réaction développé en lui-même un niveau de tolérance qui mérite éloge.

Un premier point caractéristique qui m’ait frappé c’est, au travers de remarques comme celle de M. Soral qui prétendait exclure « la racaille » de son projet de réconciliation comme de celles de M. Conversano qui lui entendait tout simplement exclure toute la communauté musulmane et la communauté d’origine africaine vivant actuellement dans notre pays, c’est bien entendu l’association «naturelle» par laquelle l’un comme l’autre entendent qu’une société meilleure devienne possible, c’est à dire suivant des termes exclusifs. Pour l’un les ennemis de la république procèdent l’agrégat des racailles des banlieues et des élites européennes, quand pour l’autre ce sont justes les « non-blancs ». Mais tous les deux reconnaissent que l’accès à un monde meilleur doive passer par un processus de sélection des personnes qui y aient droit.

J’ai bien peur de reconnaître là-dedans le bréviaire éducatif conventionnel, et qui nous conditionne durant des années à associer l’altruisme et jusqu’à l’amour à l’idée d’exclusivité, ainsi qu’à nous rendre aux raisons de la violence «pédagogique», ce vieux poncif culturel que notre société traîne comme un boulet devenant chaque jour plus lourd et pénible à trimbaler. Jusqu’aux tares que l’un contre l’autre ils se jettent à la figure, se fait l’écho d’une éducation arriérée qui dément la prétendue vertu exemplaire de la société occidentale dont l’un comme l’autre se réclame. L’un accuse l’autre de fainéantise. L’autre assène en retour que les thèses de son adversaire seraient invalides du fait qu’elles soient minoritaires. Tout ce mélange d’idéologie laborieuse et d’idéologie spectaculaire est à la fois sidérant et symptomatique du manque recul qui tient lieu de perspective de réflexion chez nos contemporains.

Qu’est-ce que j’appelle l’idéologie laborieuse ? Et bien il s’agit de la conception suivant laquelle la valeur de l’individu procède de son degré de soumission à la contrainte du travail, indépendamment et de la reconnaissance de la valeur intrinsèque de l’individu, et indépendamment de la finalité du-dit travail, et donc qui ne se fonde que sur la durée de vie consacrée à la contrainte à un labeur. C’est ce qui conduit à désigner le fainéant ou le chômeur, ou la famille immigrée ne parvenant à survivre qu’au moyen d’allocations fournies par l’état, comme des sous-individus, pour ne pas participer activement à la production industrielle. C’est donc, dans la société industrielle, militarisée, financiarisée et toxique dans laquelle nous vivons actuellement, une idéologie qui accuse toute personne ne s’impliquant pas activement dans son essor, sinon de traîtrise, au moins de parasitisme. Il s’agit à l’évidence d’un des ressorts fondamentaux sur lesquels s’appuie avec opiniâtreté, et à raison, la crème du pouvoir public et privé, pour diviser entre elle la véritable communauté nationale. Remarquons au passage qu’il soit bien pratique d’affubler plutôt du qualificatif de parasitaire une masse populaire dépossédée de tout moyen de s’en sortir qu’une élite argentée détentrice de 90% des ressources de la planète !

Qu’est-ce que j’appelle l’idéologie spectaculaire ? Il s’agit pour moi d’une conception de l’intelligence des choses qui, plutôt que s’appuyer sur l’examen rationnel et factuel de choses, s’applique à la leur conférer une valeur émotionnelle non pas universelle mais élective. C’est un peu plus compliqué à comprendre que la précédente puisque cela procède d’une agrégation de la culture publicitaire à la culture tout court. C’est ce qui par exemple, nous ferait admettre que les smartphones relèvent d’un progrès puisqu’ils ont tant de succès commercial chez nos contemporains, lorsqu’ils s’avèrent manifestement un moyen supplémentaire – et est-ce bien raisonnable ? – de couper court à tout opportunité quotidienne d’échanger fussé-ce un regard avec autrui. Ne nous y trompons pas, il s’agit sur le fond d’une déclinaison élaborée de ce que Stanley Milgram énonçait sous le doux nom de « soumission à l’autorité », l’autorité passée au nombre, au succès de marché, qu’il soit d’ordre idéologique, politique ou plus simplement industriel. Un des problèmes majeurs qui fasse obstacle aujourd’hui à la construction d’un monde plus supportable, se retrouve précisément dans l’infection de nos cerveaux par toutes sortes de technologies envahissant le temps qui nous serait accessible pour penser par nous-mêmes.

Je reviens à la pédagogie pour avoir constaté sur le terrain le processus de construction des racailles comme les désigne M. Soral, qui associe l’éducation au coup de pied au cul, ce qui par ailleurs en dit long sur celle qui ait probablement été la sienne. Il y a je pense plusieurs problèmes à distinguer dans le processus d’exclusion de nombre d’individus en vue de leur dénier participation légitime à la communauté nationale. Le premier sans doute, est à distinguer dans le déni de reconnaissance de la vertu de la violence en elle-même. Cela peut sembler paradoxal, mais il m’apparaît que, en tout cas pour l’enfant, l’intolérance absolue de l’expression physique de la violence constitue dans certains cas un frein et non pas un principe éducatif. Cela notamment du fait que pour l’enfant il ne me paraisse pas une évidence qu’il existe une conscience mûre qui lui permette d’appréhender la possibilité pour lui de perdre le contrôle de lui-même. Une bonne part de construction de la personnalité adulte procède précisément de l’élaboration d’une intelligence propre qui lui assure un contrôle sur lui-même, sur ses pulsions, sur son ressenti. Or, ce que l’on peut constater c’est dans bien des cas, qu’à un geste témoignant de sa perte de contrôle chez un enfant la communauté éducative ait pris le pli de réponse systématiquement par un ensemble de mesures punitives inspirées a contrario par l’idée que l’enfant violent ait contrôlé son comportement.

En somme il est demandé à l’enfant d’être un adulte. Et ce qu’on lui reproche, c’est son immaturité. La conséquence de cela, c’est renforcer les déterminismes sociaux qui expliquent en grande partie le retard évolutif des enfants les plus pauvres. Et ce n’est pas parce qu’ils seraient d’origine africaine ou nord-africaine qu’en conséquence beaucoup d’entre eux finissent par passer par la case délinquance et la case prison. C’est parce qu’ils sont d’extraction pauvre. C’est, par exemple, parce qu’il vivent dans ces foyers où la télévision soit allumée en permanence, ce qui ait produit chez eux un retard psycho-moteur dénombré par de multitudes études en neurosciences. C’est parce que leurs opportunités d’échanges et de communication directe avec leurs propres parents aient été limitées d’autant plus que les dits-parents doivent jongler avec la précarité ce qui ne manque pas de dégrever sérieusement leur disponibilité quotidienne. Et c’est aussi souvent parce que les parents en eux-mêmes héritent des traumatismes d’une société qui depuis des décennies n’a jamais eu d’autre égard pour eux que de les reléguer.

Ce normatisme éducatif s’accompagne d’un contresens absolu se rapportant aux vertus historiques avérées dans certains cas de certaines violences. Dans le système éducatif contemporain en effet, s’est trouvée progressivement expurgée toute idée de progrès qui ait pu concrètement dériver de mouvements violents. C’est d’autant plus remarquable que pour nos « intellectuels » de droite, l’héritage gréco-romain comme l’héritage catholique constituent des exemples, des modèles de la civilisation, et qui ne soient érigés d’aucune autre manière que par la conquête violente. Et c’est tout autant le cas pour ceux qui croieraient se rapporter aux conquêtes démocratiques de la Révolution Française en oubliant entre autre l’avantage politique acquis en décapitant son roi, les réussite des guerres révolutionnaires, comme si l’aventure avait procédé du chemin pavé de roses…

En somme ce dont se nourrissent les idéologues de l’extrême droite en désignant les africains comme les supposées racailles ou responsables des maux de notre société, c’est de l’imagerie d’épinal suivant laquelle la déchéance de la petite bourgeoisie française soit la résultante de la multiplication d’une population de plus en plus démunie. Ce qu’ils voudraient, et qui peut se comprendre, serait un retour à la prospérité de leur classe, et qu’ils n’estiment possible qu’au moyen de l’éviction de tous ces pauvres excédentaires dans l’ordre social actuel. Ce dont ils ont en somme le plus peur, c’est de leur communauté de destin avec ces masses croissantes de laissés pour compte que produit notre société aussi débile que stérile. Je ne comprend pas vraiment cette aspiration qui les conduise à imaginer pouvoir abstraire les ressorts d’un ordre social à l’oeuvre aussi exclusif de la naissance au tombeau d’un imaginaire du futur pouvant se réclamer d’un modèle moral. Il est amusant d’entendre M. Soral ailleurs désigner les Franc-maçons comme une communauté de la traîtrise sociale pour avoir assurément joué un rôle dans le approchement de la militance de la SFIO du grand patronat. Pour ma part la seule image négative que j’aie des franc-maçons c’est celle de vouloir ériger une « fraternité » précisement en marge de la société universelle. En somme, ce n’est pour moi qu’un exemple parmi tant d’autres de la prétention à l’universalisme de l’héritage des lumières, et qui se résume à un communataurisme sélectif parmi tant d’autres. À quoi revient l’assimilation des causes de déliquescence de notre société à la seule pourriture avérée du Parti Socialiste ou des « gauches », c’est à la volonté de désigner une partie d’entre nous comme les responsables exclusifs soit de se dédouaner.

Ce que veulent la plupart des politiciens, c’est conforter leur électorat dans l’idée qu’il ne soit en rien responsable par lui-même du dévoiement de la démocratie en ploutocratie. Mais en définitive, si les élites d’argent détiennent de nos jours un pouvoir sans partage n’est-ce pas après tout, de la responsabilité de chacune et de chacun d’entre nous ? Ne faudrait-il pas plutôt nous défier de qui nous proposerait une analyse sanctifiant le déni de cette réalité, et qui en définitive ne revienne qu’à nous proposer un miroir aux alouettes ?

C’est en quelque sorte à quoi se résument les enjeux des batailles politiciennes et a fortiori en période électorale : un jeu dont les acteurs présentent chacun des « programmes », dont aucun ne soit dépourvu de défaut majeur, contraignant l’électorat à se muer en force divinatoire pour tenter de désigner les moins pires dans l’ensemble des forces obscurantistes chacune à sa manière. Devant le spectacle de la division entre extrémistes, il me semble qu’à présent l’idéologie dominante ait atteint un tel degré de contrôle, qu’elle ne puisse déterminer par un scrutin ou un autre les termes de la sortie des obscurantismes. Il me semble que la première des priorités serait bien de sortir de l’obscurantisme éducatif actuellement à l’oeuvre et qui de fait renforce de jour en jour les fractures populaires les plus tragiques. Quand j’entend M. Soral désigner les « repris de justice », ce qu’il appelle « la racaille » comme partie de la population ne méritant pas même qu’on s’y attarde, je pense aussitôt aux métèques et aux esclaves de la république athénienne. Cela renvoie tout autant à la prétention démocratique d’Israël face au sort qui y soit réservé aux palestiniens.

Je ferais remarquer que M. Conversano ait parfaitement raison de reprocher à M. Soral son idéologie de classe, et quoi qu’il défende manifestement une vue étriquée à degré confondant du milieu des cités dont il réclame ; ce au point où l’on serait tenté de lui suggérer de décrocher de son ordinateur pour aller plutôt à la rencontre de ses voisins que manifestement il ne fréquente même pas.

Je reviendrais sur le stoïcisme de M. M’bala M’Bala lorsque ce dernier lui affirmait avec conviction que les africains soient une « race » limitée en terme de capacités intellectuelles et par là même incapables de pouvoir par eux-mêmes se construire des sociétés prospères, démontrant par là son tragique défaut en matière d’instruction. Décidément, et contrairement à ce qu’aura voulu démontrer M. Soral, il y a beaucoup à faire en matière de pédagogie comme d’instruction publique et qui ne se résume ni aux tartes dans la gueule ni aux coups de pied dans le cul !